Voix Lesbiennes
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On ne guérit pas ce qui n’est pas une maladie :quand l’Église devient un champ de bataille

Voix Lesbiennes

En République Démocratique du Congo, comme dans beaucoup de pays africains marqués par une religiosité intense, l’homosexualité est encore perçue comme une anomalie, une erreur, une importation occidentale , une possession démoniaque à expulser.
Il ne s’agit pas seulement d’un rejet social ou politique, mais d’une véritable guerre spirituelle. Dans les églises évangéliques, pentecôtistes ou dites de réveil, l’homosexualité est souvent prêchée comme une maladie de l’âme, une déviation que seul Dieu peut « corriger » à travers la prière, le jeûne, et l’exorcisme.
Ce discours est martelé chaque dimanche dans les chaires, répété à la télévision, dans les campagnes de réveil, à la radio, dans les groupes de prière. L’idée que l’on puisse être né ainsi (sans que ce ne soit ni un choix ni une erreur) , est simplement balayée d’un revers de la main, accusée de venir du diable.

Ces croyances ne restent pas dans le domaine du symbolique. Elles se traduisent, très concrètement, par des violences.
Des jeunes filles et garçons sont amenés de force devant des pasteurs, ligotés, giflés, hurlés dessus. On leur impose les mains, on leur crie dessus, on leur fait boire des huiles d’ onction et des eaux benites , on les prive de nourriture, de sommeil, d’intimité…Les familles qui veulent « bien faire », qui veulent « sauver leur enfant », livrent en réalité leur chair , âme , esprit et psychologie à la torture. Tout cela sous couvert de foi, de « guérison ».

Mais de quelle guérison parle-t-on, lorsque la blessure vient justement de ces pratiques ?
Quelle délivrance peut naître de la peur, de la honte, du rejet ?
Comment peut-on imaginer libérer quelqu’un en le forçant à se renier lui-même, à détester ce qu’il est, à croire qu’il est habité par un démon simplement parce qu’il aime une personne du même sexe ?

Derrière ces rituels religieux déguisés en solution spirituelle, se cachent des traumatismes immenses. Des violences psychologiques, physiques… Des liens de famille brisés . Des jeunes gens poussés au suicide. Des cœurs détruits à vie…

Délivrée de rien, brisée gravement

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Quand mon homosexualité a été découverte, il ne s’est écoulé que très peu de temps après l’ internat avant que je sois soumise à des prières de délivrance, dans l’espoir que je sois « guérie »

Quand ma mère m’a appelée ce jour-là, je savais au fond de moi que quelque chose allait se briser. Mon corps le savait avant même que les mots ne soient prononcés. C’était comme une alarme sourde dans ma poitrine. J’avais fini l’internat à peine une semaine plus tôt. Une semaine pour respirer, ou du moins essayer. Mais l’air était déjà lourd. Il y avait ce poids dans la maison, une tension qui m’écrasait.

Quand je suis entrée au salon et que je les ai vus , ces trois hommes d’église, trois figures d’autorité religieuse plantées comme des juges , j’ai senti que ce n’était pas une conversation qu’on allait avoir. C’était un procès.

Et moi, j’étais l’accusée.
Je me tenais là, droite mais tremblante. Chaque question me volait un peu plus d’intimité. Ils voulaient des détails, des justifications, des aveux. Comme si aimer une femme était un crime, un mal à expliquer.
Mais je n’avais pas les mots. Comment raconter l’ Amour dans un monde qui le rend monstrueux ?

J’avais honte, pas de ce que j’étais, mais de ce qu’ils voyaient en moi. Ils me forçaient à regarder mon reflet à travers leurs yeux, et ce reflet-là, déformé par leurs ignorances ,leurs croyances, me blessait.
Je me sentais violée sans qu’aucune main ne me touche. Violée par les regards, par la suspicion, par l’idée que ce que je vivais n’était pas de l’amour, mais une possession démoniaque.

Quand le pasteur a dit qu’il avait « vu un démon derrière moi », j’ai senti mon cœur s’arrêter une seconde.
Pas de peur spirituelle, non.
Mais d’humiliation.
Il parlait de moi comme d’un corps contaminé, souillé.
Et le pire, c’est qu’en le regardant, je voyais dans ses yeux qu’il y croyait. Qu’ils y croyaient tous.

Mais déjà, quelque chose se refermait en moi.

Pas une porte.
Une cage.

Ce jour-là, ils ont prié pour moi. Et ils ont fixé le début des séances de délivrance au vendredi suivant. Je devais jeûner trois jours avant, pour, disaient-ils, affaiblir le démon.

Le premier vendredi, on m’a déposée là comme un colis. Une offrande. Je ne savais pas exactement ce qui m’attendait, mais mon corps, lui, sentait déjà le piège. Je suis entrée dans cette église comme on entre dans une zone de guerre, le cœur serré, la gorge sèche. Au début, j’ai voulu faire ce qu’ils demandaient. Prier, chanter, marcher. Je faisais tout, mécaniquement, sans vraiment y croire. Juste pour qu’ils me laissent tranquille. Juste pour qu’on m’aime à nouveau.

Mais plus la nuit avançait, plus je sentais que je n’étais pas là pour prier. J’étais là pour être corrigée. Exorcisée. Et ils y mettaient toute leur foi, toute leur force, comme si j’étais un champ de bataille. Ils tournaient autour de moi, ils criaient, ils imposaient leurs mains sur ma tête, sur mon dos, sur mon ventre. C’était brutal. Pas une bénédiction. Une intrusion.

Je me sentais envahie. Et impuissante.
Je ne savais pas comment me défendre. Je ne pouvais pas partir.
Alors mon corps a commencé à lâcher.
Ma tête tournait, mes jambes flanchaient, je pleurais, je criais. Pas parce qu’un démon réagissait. Mais parce que moi, je m’effondrais.
Je tombais. Littéralement. Parce que je n’avais plus la force. Parce que j’étais à bout.
Mais pour eux, c’était la preuve qu’ils gagnaient.
Comme si ma détresse était une victoire.

Et chaque fois que je chutais, j’entendais des voix dire : « Il est en train de sortir ! »
Mais il n’y avait rien à faire sortir. Rien d’autre qu’une personne affamée, épuisée ,terrorisée, incomprise.

Le lendemain, on me ramenait à la maison comme si j’étais passée dans une machine de nettoyage. Ma mère écoutait, en silence, leur rapport : « Elle a pleuré, c’est bon signe », disaient-ils. Comme si mes larmes n’étaient pas les miennes. Comme si elles appartenaient au processus ( la porte de sortie du diable).
Mais moi, je pleurais de fatigue, de solitude, de honte…
Et eux voyaient dans mes sanglots l’œuvre du Saint-Esprit.

Ils voulaient que le démon parle à travers moi.
Mais je ne savais pas quoi dire. Je ne savais même plus qui j’étais.
Quand je vomissais. Je criais. Et ils se contentaient de ça.
Chaque réaction devenait un signe. Chaque geste, une preuve.
Mais personne ne voyait que j’étais juste… en train de m’éteindre…

Je me suis souvent demandé ce qui se serait passé si j’avais fui.
J’ai essayé, parfois. Je me levais. Je marchais vers la porte, les oreilles bouchées, juste pour ne plus entendre.
Mais on me ramenait de force.
On m’arrosait d’eau bénite, on me barrait la route avec des cris et des versets.
Des fois , ils m’attachaient, les pieds liés avec un pagne, à un pilier de l’église.
Comme un animal qui risquait de s’échapper.

Et dans ces moments-là, je ne ressentais plus rien. Même plus de peur. Juste un vide. Un grand silence intérieur. Une sorte de déconnexion. C’est comme si mon esprit se mettait à flotter hors de moi.
Je me regardais de loin. Attachée. Hébétée. Brisée.

Ils appelaient ça « la délivrance ».
Mais ce que je vivais, c’était l’enfermement , l’ épuisement , l’ humiliation totale …

Il y a eu un moment où mon corps a décidé de survivre.
Pas de vivre, non. Juste de survivre.
Quand les cris devenaient trop forts, quand leurs mains s’imposaient encore et encore, quand leurs visages distordus par la ferveur me faisaient peur , je n’avais plus qu’une idée : faire ce qu’ ils attendaient de moi question que toute cette torture finisse ou du moins diminue .

Alors j’ai appris à me transformer en ce qu’ils attendaient.
Je suis devenue leur démon. Leur mise en scène. Leur délivrance imaginaire.
Je me suis mise à rouler des yeux. À convulser. À gémir. À trembler. Et à force, ils m’ont crue. C’est étrange de voir à quel point les gens aiment croire qu’ils ont du pouvoir. Quand je faisais ce qu’ils voulaient, ils jubilaient. Ils disaient que Dieu agissait. Que le malin était en train de partir. Ils m’aspergeaient d’huile, de prières violentes. Et quand je tombais, que je restais au sol, les yeux mi-clos, le corps immobile… ils se calmaient. Comme s’ils avaient gagné.

Mais à l’intérieur, moi, je me brisait .

Aucune délivrance.

Les prières continuaient. Même à distance… Par téléphone…
Comme un vieux disque rayé. Un exorcisme à répétition.
Et mes parents payaient pour ça. Ils versaient de l’argent, encore et encore, pour me « guérir », sans jamais se demander ce que tout cela coûtait à mon cœur et si réellement j’ était vraiment guérie .

Et moi, dans le silence, je me brisais.

Ce qui est peut-être le plus violent, ce n’est pas ce qu’ils m’ont fait c’est ce que cela m’a fait devenir à l’intérieur pendant un long moment …
Ce n’est pas seulement l’épuisement du corps, la faim, les nuits sans sommeil, les cris dans mes oreilles, les mains qui me touchaient sans mon accord. Ce n’est pas seulement l’angoisse de devoir « jouer » pour qu’on me laisse tranquille, ce gouffre sans fond dans lequel j’ai hurlé en silence.

C’est surtout ce que tout cela a détruit en moi. La confiance. Le lien. L’image de moi-même.
La sensation d’être en sécurité, quelque part.
La conviction que mon existence devrait être délivrée . La sensasation qu être moi-même est égale à être sale …

Je suis restée lesbienne.
Rien n’a changé. Rien n’a été « délivré ». Rien n’a été « guéri », parce qu’il n’y avait rien à guérir. Mais ce qu’on m’a infligé, ça, oui, ça m’a blessée. Ce sont eux qui m’ont rendue malade. Pas ma sexualité. Pas mon amour. Pas mon désir. Pas ma nature .

Aujourd’hui, je vis avec des séquelles invisibles. Un sentiment d’alerte permanent, comme si à chaque instant, je pouvais être jugée, exposée, punie…
Des insomnies. Des cauchemars. Une hypersensibilité au bruit, surtout aux cris.
Une difficulté à faire confiance…
Et cette culpabilité résiduelle parfois , lente, collante, même si ma tête sait qu’elle n’a pas lieu d’être.

Parfois, j’entends encore ces voix.
Pas dans mes oreilles, mais dans ma mémoire.
Celles qui me disaient : « Je t’ ordonne de sortir , démon !»
Celles qui applaudissaient ma chute.
Celles qui confondaient ma souffrance avec un progrès spirituel.

Mais aujourd’hui, je les combats avec ma propre voix.
Ma voix, libre.
Ma voix, fatiguée mais vivante.
Ma voix qui me dit à moi-même : j’existe.
Je suis lesbienne. Je suis entière. Et je mérite de vivre sans avoir à m’ excuser de ma nature.

Aucune prière, aucun jeûne, aucun pasteur n’a pu effacer ce que je suis.
Et c’est précisément pour cela que je témoigne.
Parce que je ne suis pas la seule.
Et parce que personne ne devrait avoir à simuler une possession démoniaque pour avoir le droit d’exister.

La comédie des délivrances

En RDC, les pasteurs s’octroient une autorité totale sur les corps et les âmes. Ils se croient légitimes pour prier sur n’importe qui, dès qu’une personne ne rentre pas dans leur vision étroite de la normalité. Pour eux, être lesbienne, gay, bi ou trans, c’est une anomalie à corriger, un démon à expulser. Et ils n’hésitent pas à intervenir sans ton accord, à t’imposer leurs mains, leurs versets, leurs cris, parfois même en public, persuadés qu’ils ont le droit divin de te « libérer ».

Mais heureusement, il existe des personnes LGBT qui refusent de se soumettre à ce jeu contrairement à moi dans le passé. Des personnes qui osent dire non. Qui ne simulent rien. Qui ne roulent pas des yeux. Qui ne convulsent pas. Qui ne gémissent pas. Qui ne tremblent pas. Qui crient pas, ne tombent pas en se roulant au sol , ne vomissent pas, parce qu’elles savent que rien ne sortira… parce qu’il n’y a rien à chasser. Ces personnes deviennent le miroir gênant de l’inefficacité totale de ces soi-disant prières de délivrance.

Cette vidéo ci-haut , une personne lgbt s’ identifiant femme fait face à un pasteur qui lui qui se donne la tâche de délivrer sur un plateau télé puisque cette personne représente ce qu’ il y a d’ anormal selon lui . Il lui parle avec condescendance et autorité , se sentant divinement supérieur donc tout permis . Heureusement que la personne lgbt ici, qu’ on nommera femme , ne se laisse pas faire :

Femme: Je suis une femme comme Dieu a créé toutes les femmes dans ce monde . Je suis une femme!

Pasteur : Toi , t’ es une Femme ?

Femme: Oui je suis une vraie femme , très bonne , pleine d’épices. Si tu entres , tu sors plus. Je suis une Femme!

Pasteur : Regarde moi dans les yeux ! Je dis :regarde moi bien. Tu es…

Femme: Que je te regarde… tu veux me séduire ou quoi ?

Pasteur : Hein?!?

Femme: Tu veux me séduire ?… Tu me désires? Moi je viens ici pour l’ église alors que toi tu as tes yeux sur moi euh ! … Que je te regarde, que je te regarde .Tu es devenu un miroir dans lequel je dois me regarder pour me faire belle ?…

Pasteur: Tu vois la voix de cette femme là qui parle en toi , ne va plus parler! Aujourd’hui je ferme ça et cet esprit-là qui t’ anime aujourd’hui , je suis entrain de le consumer …

Femme: Il y a aucun esprit , je suis une femme !

Pasteur :… je suis entrain de le brûler aujourd’hui au nom puissant de Jésus-Christ!…

Femme: de quelle façon ?…

Pasteur: Ferme ta bouche au nom de Jésus !et sors …

Femme: …Ce que tu veux , c’ est me toucher les seins …

Pasteur: Sors de ce corps ! je dis qu’ appartir d’ aujourd’hui, tu fermes ta bouche au nom de Jésus…

Femme: je ne fermerai pas , c’ est ma bouche !pourquoi je fermerai…

Pasteur: Au nom de Jesus !Au nom de Jésus ! Je prends toutes tes oeuvres et consume!

Femme: Tu te tiens là à t’ immiscer et vouloir me dire quoi faire dans ma vie , qu’est-ce que tu y as même contribué ?

Pasteur : Aujourd’ hui , le feu de Dieu va te consumer dans ce corps !

Femme: ça ne me brûlera pas …

Pasteur : Sors

Femme: Je ne sortirai pas !

Pasteur : Sooors !!!!

Conclusion : Dieu ne délivre pas de ce qu’Il a lui-même créé.

Ce que cette vidéo révèle, au-delà du ridicule de la scène, c’est toute la violence cachée derrière ces soi-disant “délivrances”. Sous prétexte de sauver des âmes, ces pasteurs se donnent le droit de juger, d’humilier, de crier sur des personnes LGBT parfois même de les agresser physiquement sans aucune retenue, et surtout sans aucun fondement spirituel réel.

Ils se croient autorisés à imposer leur vision du monde à tous, à parler à la place de Dieu, à “corriger” ce qu’ils jugent contre-nature. Mais leur autorité n’est qu’un déguisement. Ce ne sont pas des prophètes, ce sont des comédiens. Leur théâtre religieux repose sur un seul moteur : le pouvoir et l’argent. Plus ils montrent qu’ils “chassent des démons”, plus ils attirent des foules crédules, plus ils gagnent en influence… et plus l’argent coule.

Mais ce qu’ils oublient, c’est que l’homosexualité n’est pas un esprit à chasser. Ce n’est pas une maladie, ni une malédiction, ni une anomalie. C’est une réalité naturelle, humaine, diverse. Elle ne se guérit pas parce qu’il n’y a rien à guérir. Et aucune prière, aucun jeûne, aucun cri ne peut “délivrer” quelqu’un d’un amour sincère, vrai, légitime.

Moi, j’ai subi leurs rituels. J’ai été brisée, forcée de jouer leur jeu pour qu’ils me laissent en paix. Et pourtant, aujourd’hui encore, je suis lesbienne. Rien n’a changé sauf que je suis plus forte. Parce que j’ai compris que le problème ne vient pas de moi. Il vient d’eux. De leur hypocrisie. De leur refus de comprendre. De leur besoin de contrôler.

Alors à toutes les lesbiennes congolaises, je veux dire ceci : vous n’êtes pas possédées. Vous n’êtes pas maudites. Vous n’avez rien à justifier, ni à changer.
Même Dieu ne délivre pas de ce qu’il n’a pas jugé impur.
Et notre amour, notre identité, notre existence : tout cela est bon, juste, et digne. Actes des apôtres 10:15

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6 commentaires

  1. Tu répondra de tes actes devant la justice congolaise.
    On ne peut pas te laisser tranquille entrain de détruire nos valeurs culturelles et morales.

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