from freepik Voix Lesbiennes
|

Temoignage lesbien 6

main passeport dalele2 Voix Lesbiennes

Je suis née dans une famille assez stricte… Depuis l’enfance, on m’a toujours connue comme une fille calme, réservée, presque trop sérieuse pour mon âge. On me disait souvent que j’étais  »coincée », parce que je ne sortais pas beaucoup, je parlais peu et j’avais toujours peur de déranger. En vérité, j’observais beaucoup, je gardais tout à l’intérieur.

Pendant l’adolescence, j’ai commencé à ressentir des choses que je n’osais pas nommer. Quand mes amies parlaient des garçons qu’elles trouvaient beaux, moi je ne ressentais rien de spécial. Mais quand une fille souriait un peu trop longtemps dans ma direction, ou me frôlait la main, mon cœur battait plus vite , ça me troublait. J’ai compris très tôt que j’ aimais beaucoup traîner qu’ avec les filles pas par simple amitié mais parce que les filles me plaisait autrement qu’ en amitié , mais je ne voulais pas l’admettre. Chez nous, on ne parle pas de ça.

Je me souviens encore de ma première véritable émotion amoureuse. C’était une camarade de classe, pleine de vie, qui venait souvent vers moi parce qu’elle me trouvait trop sérieuse. Moi, j’étais timide, intimidée par elle et ce qu’ elle créait en moi , je n’aurais jamais osé faire le premier pas. C’est elle qui est venue vers moi, petit à petit, avec des sourires, des gestes de tendresse, une amitié est née entre nous jusqu’à ce qu’un jour, elle me prenne la main en me disant qu’elle ressentait quelque chose de spécial pour moi. Mon monde s’est arrêté : j’étais à la fois effrayée et heureuse. C’était la première fois que je me sentais comprise, que quelqu’un voyait en moi ce que je n’osais pas dire.

Nous avons commencé à nous voir en cachette. Rien d’extraordinaire : marcher ensemble après l’école, nous écrire des petits mots, nous serrer dans les bras quand personne ne regardait. Pour moi, c’était la découverte d’un univers nouveau, doux, mais aussi fragile comme du verre. J’avais peur qu’on nous surprenne.

Les rumeurs ont pourtant commencé à courir dans le quartier. Les gens nous observaient, chuchotaient. On disait que je n’étais pas normale, que j’étais une “homme-femme”. Ma famille a commencé à m’interroger. Mon père surtout. Car étant avec elle , j’ai commencé à essayer d’exprimer ma vraie nature , à m’affirmer quoique encore un peu timidement comme en coupant mes cheveux et en habillant en vêtements masculins. Ce changement , je l’ ai fait petit à petit et ça a commencé à attirer l’ attention de ma famille notamment de mon père , le lion de la famille qui aime avoir tout sous son contrôle .

Je ne me maquillais pas comme les autres filles, je portais des vêtements plus simples, parfois considérés comme “masculins”. C’était suffisant pour alimenter les soupçons.

Un soir, mon père m’a convoquée dans le salon. Sa voix était dure, il tenait une ceinture dans la main. Il m’a demandé droit dans les yeux : “On dit que tu couches avec une femme. Dis-moi la vérité, ou je te fais regretter d’être née.”
J’avais l’impression que le sol s’ouvrait sous mes pieds. Je tremblais. Je pouvais mentir, dire non, sauver ma peau. Mais j’étais fatiguée de fuir mes propres sentiments. Alors, d’une voix à peine audible, j’ai dit oui. Oui, j’aimais une femme.

À cet instant, j’ai vu la fureur prendre toute la place dans ses yeux. Il a hurlé que j’étais une honte, que je salissais son nom. Il m’a saisie par les bras et m’a jetée violemment … J’ai roulé, ma tête cognant les marches, mon dos frappant le ciment. Je me suis retrouvée à terre, incapable de respirer. Ma mère regardait, sans rien dire, paralysée entre l’amour pour sa fille et la peur de son mari.

Après cette nuit, je n’étais plus la bienvenue chez moi. Mon père m’a chassée. Mais ce n’était pas seulement lui : mes frères , mes oncles, mes cousins, tout le monde s’est mis contre moi. Partout où j’allais, quelqu’un de ma famille me retrouvait, me menaçait, m’insultait. Ils disaient que j’étais possédée, que j’avais besoin d’un pasteur pour “chasser les démons”, ou pire, d’un homme pour “me corriger”.

Ma compagne aussi a payé le prix. Sa propre famille l’a battue quand elle a refusé de me quitter. Son frère l’a frappée devant tout le monde, en disant : “Tu veux faire honte à la famille ? Nous allons t’apprendre ce qu’est une vraie femme.” Elle a réussi à s’échapper et à me rejoindre chez une yaya du quartier qui m’ avait accueillie chez elle où je me cachais. Quand je l’ai vue dans cet état, mon cœur s’est brisé, mais en même temps, je me suis dit : si elle est prête à tout subir pour rester avec moi, alors je ne suis plus seule.

Mais dans notre province, les menaces devenaient insupportables. Les voisins nous insultaient, certains lançaient des pierres sur la maison où nous nous cachions. Un jour, en revenant du marché, un groupe de jeunes nous a reconnues. Ils nous ont encerclées, insultées de “2X-2X”, puis l’un d’eux a ramassé une pierre et nous l’a lancée. Les autres ont suivi. Nous avons couru pour sauver nos vies. Ce jour-là, nous avons compris que rester signifiait mourir.

Nous avons pris la décision de fuir. Nous n’avions presque pas d’argent, seulement quelques vêtements dans un sac. Nous avons pris la route vers Kinshasa, espérant nous fondre dans la foule de la capitale, là où personne ne nous connaîtrait. Le voyage a été long, plein de peur. À chaque poste de contrôle, nous craignions d’être dénoncées. Mais nous avons tenu.

À Kinshasa, la vie n’est pas facile. La ville est grande, mais les mentalités restent les mêmes. Les insultes ne cessent pas, la peur nous accompagne encore. Au moins, nous avons rencontré d’ autres lesbiennes qui vivent la même chose que nous .

Et maintenant, il y a cette loi Mutamba. Rien que son nom fait trembler beaucoup d’entre nous. Cette loi qui veut criminaliser encore plus nos vies, qui fait de nous des ennemies de la nation juste pour avoir aimé. Même à Kinshasa, nous vivons avec la peur d’être arrêtées, dénoncées par un voisin, humiliées publiquement. Je dors rarement tranquille, car je me demande : si demain la police frappe à la porte, que va-t-il nous arriver ?

Parfois, je me demande : pourquoi autant de haine pour quelque chose d’aussi simple que l’amour ? Nous ne faisons de mal à personne. Nous voulons juste vivre comme tout le monde : aimer, rire, construire un foyer, travailler dignement. Pourtant, chaque jour, nous sommes traitées comme des criminelles, des sorcières, des démons.

Ce que je voudrais que la population congolaise comprenne, c’est que nous, lesbiennes, nous ne sommes pas des étrangères dans notre propre pays. Nous sommes vos filles, vos sœurs, vos voisines. Nous faisons partie de ce peuple. Nous sommes des personnes normales, avec des rêves et des douleurs comme tout le monde. Mais nous souffrons en silence. Nous portons des cicatrices invisibles que peu de gens veulent voir.

Je ne demande pas la pitié. Je demande seulement la reconnaissance de notre humanité. Nous avons droit à la dignité, au respect, à l’amour. Tant que les mentalités ne changent pas, nous continuerons à vivre dans la peur. Mais un jour, je l’espère, ce pays comprendra que notre existence n’est pas un crime, et que nous aussi, nous faisons partie de son avenir.

Publications similaires

4 commentaires

  1. Mais si pendant l’adolescence tles gens ici avait un bon sens de ne pas dire … pourquoi tu veux les encourager hein ?? Toi tu te cache je ne sais où mais tu veux que l’on fasse example des te témoin pour que tu comprennes ou bien

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *