Témoignage lesbien 9

Mon histoire avec les femmes ne date pas d’hier.
Quand j’y pense aujourd’hui, je me rends compte que cela fait plus de quinze ans que quelque chose en moi me guide dans cette direction. Quinze ans de regards, de sensations, d’émotions que je n’arrivais pas toujours à bien expliquer.
Mais pendant longtemps, je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait.
C’était comme vivre quelque chose sans avoir les mots pour le décrire. Comme ressentir une évidence… tout en essayant de la repousser, de l’ignorer, de la rendre invisible.
Au début, tout était confus.
Il y avait des rapprochements, des moments partagés avec certaines filles. Des instants simples, parfois banals en apparence… mais qui, pour moi, avaient une intensité particulière.
Une proximité qui me troublait sans que je sache pourquoi. Un regard qui restait un peu plus longtemps que prévu. Une présence qui comptait plus que celle des autres.
Mais je ne considérais pas ça comme des relations. Dans ma tête, ce n’était pas “réel”. Ce n’était pas quelque chose à prendre au sérieux. C’était comme si je vivais ces moments en les mettant à distance, comme si je refusais de leur donner une place dans ma réalité.
Je faisais comme si ce n’était rien d’important. Je minimisais tout. Je me disais que ça allait passer. Que ce n’était qu’une phase. Que ça n’avait pas de signification. Parce que reconnaître la vérité… c’était aussi accepter tout ce que cela impliquait.
Le regard des autres.
Le jugement.
Le rejet.
Alors, sans même m’en rendre compte, j’ai appris à vivre ces expériences en silence. À les enfouir, à les banaliser, à les oublier aussi vite qu’elles apparaissaient. Mais au fond de moi, quelque chose persistait. Quelque chose de discret, mais constant. Comme une vérité qui refusait de disparaître… même quand j’essayais de l’ignorer.
Peut-être parce que, quelque part, j’avais déjà peur de ce que cela voulait dire. Une peur ténace, difficile à expliquer, mais toujours présente. Ce n’était pas une peur soudaine. C’était quelque chose qui s’installait doucement, au fil du temps. Une sensation que, si je regardais cette vérité en face, ma vie ne serait plus la même. Je savais, sans vraiment me l’avouer, que ce que je ressentais n’était pas “accepté”. Que ce n’était pas quelque chose que je pouvais dire librement, ni vivre sans conséquences. Alors je préférais ne pas trop y penser. Je mettais des distances entre moi et mes propres émotions. Je faisais semblant de ne pas comprendre. Je faisais semblant que ce n’était pas important. Parce qu’au fond, reconnaître cette vérité, c’était aussi accepter :
Les jugements.
Le rejet.
La solitude.
Et peut-être même perdre certaines personnes que j’aimais.
Alors oui… j’avais peur. Peur de moi-même. Peur de ce que j’étais en train de découvrir.
Peur d’un avenir que je ne maîtrisais pas.
Avec le temps, les choses sont devenues plus claires. J’ai compris qui j’étais réellement le jour où je suis entrée dans une relation sérieuse avec une femme qui n’était même pas de mon pays.
Avec elle, tout était différent. Dès le début, j’ai senti que ce que je vivais n’avait rien à voir avec ce que j’avais connu auparavant. Ce n’était plus des instants flous, des émotions que je pouvais ignorer ou minimiser. C’était clair. C’était fort. C’était impossible à nier. Ce n’était plus des moments passagers. Ce n’était plus quelque chose que je pouvais ranger dans un coin de ma tête en me disant que ça allait disparaître. C’était de l’amour.
Un amour vrai, profond, sincère. Un amour qui se ressent dans les petits détails. Dans la manière de se regarder sans parler. Dans la façon de se comprendre, même en silence. Dans cette présence qui apaise, qui rassure, qui donne l’impression d’être enfin à sa place.
Avec elle, je me sentais vue. Je me sentais comprise. Je me sentais acceptée… entièrement.
Je n’avais plus besoin de me cacher. Plus besoin de faire semblant d’être quelqu’un d’autre.
Je pouvais être moi. Et ça, c’était nouveau. Nous avons partagé six années ensemble.
Six années, ce n’est pas juste du temps qui passe. Ce sont des souvenirs qui s’accumulent. Des moments simples qui deviennent précieux. Des rires, des discussions, des projets, des rêves partagés. C’était de la complicité au quotidien. Des gestes d’attention. Des silences qui ne faisaient pas peur. C était ma femme. On construisait quelque chose, à notre manière, même si le monde autour de nous ne le voyait pas ou ne le reconnaissait pas.
Il y a eu des moments de bonheur intense. Des moments où j’oubliais tout le reste. Où je me sentais libre, malgré tout. Et il y a aussi eu des moments difficiles, comme dans toute relation. Mais même dans ces moments-là, ce que je ressentais restait fort. Réel. Cette relation m’a profondément marquée. Parce qu’elle m’a permis de comprendre une chose essentielle : Ce que je ressens n’est pas une erreur. Ce n’est pas une illusion. C’est de l’amour. Un amour qui a donné un sens à tout ce que je portais en moi depuis des années sans pouvoir l’expliquer. Avant elle, je doutais. Avec elle, j’ai compris. Aujourd’hui encore, même si nous ne sommes plus ensemble, elle reste une personne très importante dans ma vie. Parce que certaines personnes ne disparaissent jamais vraiment. Elles laissent une empreinte. Elle fait partie de mon histoire. De mon chemin. De la personne que je suis devenue aujourd’hui. Et même si nos routes se sont séparées… ce que nous avons vécu, lui, restera toujours.
Mais pendant que je vivais cet amour… une autre réalité m’attendait. Une réalité beaucoup plus dure. Plus froide. Plus violente. Celle de ma famille.
Pendant que, d’un côté, je découvrais ce que c’était d’aimer librement, d’être moi-même, d’exister sans masque… de l’autre côté, quelque chose se préparait. Quelque chose que je redoutais sans vouloir me l’avouer.
Et puis, un jour, la vérité est sortie. Je ne sais pas exactement comment ils l’ont appris. Peut-être une rumeur. Peut-être par un comportement de ma part . Peut-être quelqu’un qui a parlé…
Mais ce jour-là… tout a basculé. Le regard qu’ils avaient sur moi a changé instantanément.
Il n’y a pas eu de discussion. Pas de questions pour comprendre. Pas de moment pour expliquer. Seulement des réactions. Brutales. Directes. Sans appel. Des mots qui jugent et insultent. Des mots qui condamnent. Comme si, en un instant, je n’étais plus leur enfant… mais un problème à éliminer. On ne m’a pas écoutée. On ne m’a pas laissée parler.
C’était comme si ma vérité ne comptait pas. Et puis, la décision est tombée.
On m’a mise dehors.
Sans préparation.
Sans solution.
Sans même se demander où j’allais aller.
Du jour au lendemain, tout ce que je connaissais a disparu. Je me suis retrouvée seule.
Seule avec moi-même. Seule avec mes affaires. Seule face à une réalité que je n’avais jamais imaginée aussi brutale. Il n’y avait plus de maison où rentrer. Plus de voix familière pour me rassurer. Plus de sécurité. Sans soutien. Sans refuge. Juste le vide.
Et cette sensation difficile à expliquer… d’avoir été rejetée par ceux qui étaient censés m’aimer sans condition.
Ma propre famille m’a tourné le dos.
Pas seulement dans un moment de colère ou d’incompréhension… mais dans quelque chose de plus profond, de plus définitif. Comme une coupure nette, sans retour. Ce n’était pas juste une dispute. Ce n’était pas juste un désaccord. C’était un rejet. Un rejet de qui je suis. Aujourd’hui encore, ils ne me parlent plus. Le silence s’est installé avec le temps. Un silence lourd, pesant… qui remplace les appels, les rires, les moments partagés autrefois.
Il n’y a plus de nouvelles.
Plus de “comment tu vas ?”
Plus de place pour moi dans leur vie.
Comme si je n’existais plus.
Comme si, du jour au lendemain, j’avais été effacée. Parfois, j’ai l’impression d’être devenue un souvenir qu’on préfère oublier. Quelque chose qu’on ne mentionne plus, qu’on évite, comme si mon existence dérangeait. Comme si j’étais devenue une étrangère dans ma propre histoire. Une personne qui a grandi avec eux, partagé leur quotidien, leur amour… et qui, aujourd’hui, n’a plus sa place nulle part dans cette même famille. Et le plus difficile, ce n’est pas seulement l’absence. C’est de savoir que ce rejet vient de ceux qui étaient censés m’aimer sans condition. Ceux qui m’ont vue grandir. Ceux qui m’ont appelée “famille”.
Et ça fait mal. Pas une douleur passagère. Une douleur profonde. Qui brise. Qui reste là, même quand on essaie d’avancer. Une douleur qui revient dans les moments de solitude.
Dans les souvenirs. Dans les questions sans réponse. Parce qu’au fond… on ne cesse jamais vraiment d’espérer. Qu’un jour, peut-être, ils comprendront. Qu’un jour, peut-être, ils reviendront. Mais en attendant…il faut apprendre à vivre avec ce vide.
Comme j’ai grandi dans une famille chrétienne, où certaines croyances rendent ce genre de réalité incompréhensible… presque impensable.
Depuis l’enfance, on m’a appris ce qui est “bien” et ce qui est “mal”. On m’a parlé de valeurs, de règles, de ce que devait être une “bonne vie”. Et dans tout ce que j’ai entendu, dans tout ce qu’on m’a transmis… il n’y avait aucune place pour quelqu’un comme moi.
Alors en grandissant, sans même m’en rendre compte, j’ai commencé à me sentir en décalage. Comme si ce que je ressentais était une faute. Comme si mon existence même était un problème à corriger. On ne me disait pas directement “tu es rejetée”… mais tout autour de moi me le faisait comprendre. Et le jour où la vérité est sortie, tout s’est cristallisé.
Ce qui était jusque-là un malaise silencieux est devenu un conflit ouvert. On ne m’a pas seulement jugée. On m’a demandé de choisir. Ma famille… ou être moi-même. Comme si ces deux choses ne pouvaient pas coexister. Comme si aimer et être aimée dépendait d’une condition : renier qui je suis. C’était une pression immense. Parce que choisir sa famille, c’est choisir son histoire, ses racines, son identité. Mais choisir de se renier… c’est se perdre soi-même. Et à ce moment-là, j’ai été face à une vérité que je ne pouvais plus fuir. J’ai compris une chose essentielle : Si je reniais qui je suis, je serais malheureuse toute ma vie. Je pourrais peut-être faire semblant. Jouer un rôle. Entrer dans une vie qui rassure les autres… mais à l’intérieur, je serais vide. Éteinte. Je vivrais pour les autres… mais pas pour moi. Et ça, ce n’était pas une vie. Alors j’ai fait un choix. Un choix difficile. Un choix douloureux. Un choix que peu de gens comprennent vraiment tant qu’ils ne l’ont pas vécu. J’ai choisi d’être moi. J’ai choisi ma vérité. J’ai choisi mon identité. Même si cela signifiait perdre ceux que j’aimais. Même si cela signifiait avancer seule. Parce qu’au fond… c’était la seule façon de rester en vie, réellement. Mais ce choix a un prix. Et ce prix… ça a été ma famille.
Dans la société aussi, les choses sont très difficiles.
Ce n’est pas seulement ce que les gens disent… c’est ce que je ressens, en permanence.
Très peu de personnes m’acceptent réellement. Beaucoup s’éloignent, sans explication. Comme si ma présence devenait soudainement dérangeante , contaminante. D’autres jugent sans connaître, sans chercher à comprendre qui je suis au-delà de ce mot qu’ils utilisent pour me définir. Et à force… ça change quelque chose en moi. Parfois, dans la rue, il suffit que je passe pour entendre des murmures.
Au début, j’essayais de me convaincre que j’exagérais. Que ce n’était pas pour moi. Que je me faisais des idées. Mais plus le temps passe… plus ces moments deviennent fréquents. Plus ils deviennent lourds.
« C’est une sale lesbienne”, « 2X2X » , « maman-maman ».
Ces mots, je ne les entends pas que… mais je les ressens.
Dans les regards dégoutés.Dans les silences jugeants.Dans les attitudes qui changent quand j’approche. Des doigts pointés vers moi. Des regards insistants, presque accusateurs. Comme si j’étais coupable de quelque chose. Et parfois, j’ai l’impression que ça ne s’arrête jamais. Même quand il n’y a personne. Même quand je suis seule.
Je me surprends à regarder autour de moi. À me méfier. À anticiper. Comme si, à tout moment, quelqu’un pouvait surgir, parler, juger, attaquer. C’est comme vivre avec une tension constante. Une pression invisible. Quelque chose qui s’installe dans la tête… et qui ne part plus. Je me sens observée. Surveillée. Exposée. Comme si je n’avais plus le droit d’exister tranquillement. Et ces moments-là me blessent profondément. Pas seulement sur le moment… mais dans ce qu’ils laissent derrière. Ils me rappellent encore et encore que, pour beaucoup, je ne suis pas simplement une personne. Je suis une malédiction.
Un mot. Une différence. Un mal. Quelque chose à montrer du doigt. Et à force, ça use.
Ça fatigue. Pas seulement physiquement… mais mentalement. Émotionnellement. Il y a des jours où je n’ai plus la force. Des jours où sortir devient un effort. Où croiser des regards devient une épreuve. Et parfois… oui… ça donne envie de disparaître. Pas forcément de mourir. Mais de ne plus être vue. De ne plus être jugée. De ne plus porter ce poids en permanence. Juste… disparaître du regard des autres. Si j’avais la possibilité de quitter le Congo, je l’aurais déjà fait. Parce que parfois, j’ai l’impression que ce n’est pas seulement un lieu…
C’est une prison invisible.
Tu fais ça pour te rendre intéressante
Tu te ridiculises devant tout le monde
Tes idées puent l’absurde
Bu zoba na yo, keba na yo ndoki, toko boma yo
Tu veux vivre l’enfer sur terre d’accord. Que je croise ta petite personne ( salope)
Va pourrire en enfer sorcière , on veux pas de vous au RDC