Voix Lesbiennes
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L’homosexualité en RDCongo et afrique précoloniale : une réalité ignorée, pas une importation occidentale

Voix Lesbiennes

Dans un climat social de plus en plus tendu, où les voix « conservatrices » prennent le pas sur les faits, il devient crucial de rappeler certaines vérités historiques et culturelles, Pas pour polémiquer, mais pour éduquer et rétablir la vérité sur la diversité de nos sociétés avant la colonisation. Parmi les idées les plus répandues et dangereuses, il y a celle selon laquelle l’homosexualité serait étrangère à la culture africaine, un “vice importé d’Occident” qu’il faudrait extirper pour préserver la prétendue pureté des traditions locales. Cette affirmation, souvent reprise par des figures polémiques comme Monsieur Constant Mutamba, Monsieur Steve Mbikayi Mabuluki ,Monsieur Evariste Ejiba Yamapia , le pasteur Marcello Tunasi , le pasteur Paul Mukendi … ne résiste pourtant pas à l’examen rigoureux de l’histoire, de l’anthropologie et des réalités vécues sur le continent africain.

L’idée selon laquelle les pratiques homosexuelles n’auraient jamais existé en Afrique avant l’arrivée des Européens repose sur une vision tronquée et coloniale de notre passé. En réalité, de nombreux anthropologues, historiens et auteurs africains et étrangers ont démontré que les relations entre personnes de même sexe faisaient partie des pratiques sociales de plusieurs peuples africains. Il est temps de déconstruire ce mythe. Car loin d’être une influence coloniale ou occidentale, les formes diverses de sexualité, y compris les relations entre personnes de même sexe, ont bel et bien existé dans plusieurs sociétés africaines avant la colonisation. Ce sont précisément les colonisateurs, avec leurs doctrines chrétiennes et leur morale rigide, qui ont imposé un regard pathologisant et répressif sur des pratiques jusqu’alors tolérées, voire intégrées dans certaines structures sociales africaines.

Cet article n’a pas pour objectif de choquer ou de provoquer. Il vise à éduquer, à informer, à ouvrir le débat sur une base de faits. En retraçant l’histoire de la sexualité sur le continent à travers les écrits d’auteurs africains et d’anthropologues nous chercherons à mieux comprendre d’où viennent nos représentations actuelles, et surtout, pourquoi il est urgent de les interroger.

Une sexualité africaine riche et plurielle avant la colonisation

Avant l’arrivée des puissances coloniales européennes, les sociétés africaines possédaient une conception de la sexualité bien différente de celle que l’on connaît aujourd’hui, surtout dans les représentations contemporaines influencées par la religion occidentale et la morale coloniale. Loin d’être figée ou uniforme, cette sexualité était plurielle, enracinée dans les pratiques sociales, les croyances spirituelles, les rites de passage et les structures communautaires. Elle était intégrée dans une vision du monde où le corps n’était pas dissocié de l’âme, de la nature ou du sacré. Cette sexualité se déclinait selon les cultures, les rites et les contextes sociaux. Cette richesse est aujourd’hui trop souvent ignorée ou effacée.

Kayemb Uriel Nawej

L’écrivain congolais Kayemb Uriel Nawej, dans son ouvrage Erotica Africa, souligne que la sexualité traditionnelle africaine n’était pas enfermée dans des tabous absolus, mais au contraire, elle faisait partie intégrante des dynamiques culturelles, spirituelles et sociales. Selon lui, les relations amoureuses et sexuelles se déclinaient selon des codes qui variaient d’une région à une autre, intégrant des formes d’affection et d’attachement diverses, y compris celles que nous qualifierions aujourd’hui d’homosexuelles.

Dans plusieurs sociétés précoloniales, l’expression des sentiments et des désirs entre personnes du même sexe était reconnue, et parfois même socialement intégrée. Ce n’était pas perçu comme une aberration ou un péché, mais comme une réalité parmi d’autres possibles. Certaines communautés pratiquaient, par exemple, des unions entre femmes, avec des rôles sociaux spécifiques, ou encore des relations entre hommes qui s’inscrivaient dans des cadres rituels ou culturels particuliers. Certains peuples, par exemple dans la région des Grands Lacs ou du bassin du Congo, avaient des formes de relations entre femmes reconnues, notamment dans des contextes d’union symbolique ou de transmission sociale. D’autres récits évoquent des pratiques rituelles entre hommes, où l’intimité servait parfois à renforcer des liens spirituels ou guerriers. Ces formes relationnelles, souvent effacées de l’histoire officielle, témoignent d’une acceptation sociale contextualisée des relations homo-affectives ou homoérotiques

Ces pratiques témoignent d’une acceptation bien plus large et nuancée de la sexualité humaine qu’il n’est souvent admis aujourd’hui. Elles montrent aussi que les notions modernes d’hétérosexualité exclusive ne correspondent pas toujours aux réalités historiques africaines. L’homosexualité n’était donc pas une « importation occidentale » ou une « perversion étrangère », comme le prétendent certains discours conservateurs contemporains, mais faisait partie de la mosaïque des pratiques sociales et culturelles africaines.

Il est important de rappeler que cette pluralité sexuelle était vécue dans un contexte où la sexualité avait aussi une dimension sacrée ou symbolique, participant au maintien des équilibres sociaux et spirituels. Elle était encadrée par des règles et des rites, parfois stricts, parfois plus libres, selon les coutumes.

La colonisation a donc joué un rôle décisif dans la reconfiguration des normes sexuelles africaines. Elle a imposé une nouvelle hiérarchie des valeurs, dans laquelle l’homosexualité était qualifiée de contre-nature, souvent en contradiction totale avec les usages locaux. La Bible, utilisée comme outil d’évangélisation et de contrôle social, a servi à ancrer dans les esprits que certaines pratiques, auparavant neutres ou intégrées, devaient désormais être considérées comme des péchés ou des déviances. Cette répression a laissé des traces durables, qui perdurent dans de nombreux pays africains aujourd’hui notamment en RDC.

Aujourd’hui encore, cet héritage pèse lourdement sur la manière dont les congolais perçoivent leur propre histoire sexuelle. Il est devenu courant de dire que l’homosexualité « n’est pas africaine », alors même que l’histoire, les témoignages culturels et les archives orales prouvent le contraire. En réalité, ce rejet résulte moins d’une fidélité à la tradition que d’un conditionnement colonial non déconstruit.

Comprendre cette histoire, telle que Kayemb Uriel Nawej la rappelle, permet de déconstruire les idées reçues et les stéréotypes qui alimentent encore la stigmatisation des personnes LGBTQ+ en République Démocratique du Congo. Elle invite à reconnaître que la diversité sexuelle fait partie intégrante des cultures africaines, tout comme elle fait partie de la nature humaine universelle.

Marc Epprecht

L’historien canadien Marc Epprecht, spécialiste de l’histoire de la sexualité en Afrique, a consacré une grande partie de sa recherche à déconstruire le mythe selon lequel l’homosexualité serait étrangère au continent africain. Dans son ouvrage Heterosexual Africa? The History of an Idea from the Age of Exploration to the Age of AIDS (2008), il montre comment ce mythe a été fabriqué de toutes pièces à travers les discours coloniaux, médicaux et missionnaires.

Dans cet ouvrage Heterosexual Africa?, à la page 2, il est écrit : » L’idée selon laquelle les Africains ont toujours été fondamentalement hétérosexuels est une construction historique relativement récente, née au croisement du racisme colonial, de la morale chrétienne et de l’ordre patriarcal. »

Les pratiques homosexuelles existaient bel et bien dans plusieurs sociétés africaines, mais elles n’étaient pas toujours nommées comme telles, ni stigmatisées comme dans les cadres occidentaux modernes. Epprecht rappelle que ce n’est pas l’homosexualité qui a été importée, mais l’homophobie.

Marc Epprecht rajoute dans ce même ouvrage à la page 73: »Ce ne sont pas les colons européens qui ont introduit l’homosexualité en Afrique, mais bien leur homophobie. »

Des exemples historiques souvent méconnus

L’un des apports majeurs de Marc Epprecht est d’avoir recensé des pratiques concrètes attestées dans diverses régions :

  • Chez les Azandé (actuel nord-est du Congo) : des relations sexuelles entre jeunes garçons et guerriers étaient intégrées dans la vie militaire et sociale, parfois comme rituels de transmission ou d’alliance.
  • Dans les mines d’Afrique australe (Zimbabwe, Afrique du Sud, Lesotho) : les « mine marriages », ou mariages entre hommes, étaient une forme d’organisation sociale tolérée dans les camps de travail. Ces unions offraient un cadre affectif et sexuel en l’absence des femmes, mais sans honte ou tabou.
  • Au sein de certaines sociétés d’Afrique de l’Ouest, Epprecht mentionne des formes de parenté ou d’initiation où des gestes d’intimité entre personnes de même sexe faisaient partie des coutumes.

Toutes ces pratiques ont en commun d’avoir été visibles, tolérées, parfois même valorisées, jusqu’à ce que la colonisation vienne les déclarer « contre-nature », « pécheresses » ou « non africaines ».

Une mémoire effacée par la colonisation

Marc Epprecht insiste sur le fait que la colonisation a profondément modifié la manière dont les Africains eux-mêmes perçoivent leur histoire sexuelle. Les récits oraux ont été réduits au silence, les pratiques réprimées, et les nouvelles générations ont été éduquées dans l’idée que seule l’hétérosexualité était « morale » ou « normale ».

Marc Epprecht, dans Heterosexual Africa?, à la page 101″Ce que la colonisation a détruit, ce n’est pas seulement une diversité de pratiques sexuelles, mais aussi une capacité des sociétés africaines à penser la sexualité avec souplesse et sagesse. »

Stephen O. Murray et Will Roscoe

Dans leur ouvrage fondamental « Boy-Wives and Female Husbands: Studies in African Homosexualities » (1998), Stephen O. Murray et Will Roscoe ont rassemblé une riche documentation anthropologique sur les pratiques homosexuelles à travers différentes régions d’Afrique. Leur objectif n’était pas de plaquer des catégories occidentales sur ces réalités, mais plutôt de montrer l’existence de comportements et d’identités que l’on peut aujourd’hui qualifier d’homosexuels, dans le respect du contexte culturel local.

« L’homosexualité en Afrique n’est ni un phénomène rare ni moderne. Elle a existé sous différentes formes et a parfois été institutionnalisée, comme dans le cas des femmes épousant d’autres femmes, ou des jeunes garçons prenant le rôle de ‘boy-wives’. » Dans Boy-Wives and Female Husbands, Introduction, page xii

Des exemples concrets de pratiques homosexuelles précoloniales

Voici quelques exemples significatifs documentés dans l’ouvrage :

  • Chez les Azandé du Congo précolonial, des hommes adultes prenaient de jeunes garçons comme « épouses » (boy-wives), dans un cadre formalisé. Les rapports sexuels faisaient partie de cette relation. Le chef de guerre Azandé, par exemple, pouvait avoir plusieurs « époux masculins ». Ces relations étaient considérées comme normales et socialement acceptées. « Les hommes Azandé achetaient de jeunes garçons à leurs parents pour en faire leurs épouses. Ils cohabitaient, avaient des relations sexuelles, et ces jeunes hommes pouvaient plus tard se marier à des femmes. »
    Dans Boy-Wives and Female Husbands, page21.
  • En Afrique de l’Est, notamment chez les Nandi du Kenya, des femmes pouvaient épouser d’autres femmes dans des contextes de succession ou de continuation de lignage. Ces unions n’étaient pas symboliques : elles impliquaient des responsabilités sociales et souvent une dimension affective ou intime. « Les femmes-hommes ou ‘female husbands’ jouaient un rôle crucial dans la transmission du patrimoine, mais ces mariages pouvaient aussi inclure des relations sexuelles avec des femmes coépouses. »
    Dans Boy-Wives and Female Husbands, à la page56.
  • Chez les Igbo du Nigeria, certaines femmes jouaient également des rôles masculins dans des unions avec d’autres femmes. Ces structures genrées ne se basaient pas sur le sexe biologique, mais sur des fonctions sociales, ce qui ouvrait la porte à une pluralité de genres et de sexualités.
  • Chez les Basotho au Lesotho, les amitiés intimes entre jeunes filles, appelées motsoalle, prenaient parfois une forme amoureuse ou sexuelle, comme l’ont documenté plusieurs ethnographes.
    « Le motsoalle impliquait souvent une relation fidèle, émotionnelle, parfois sexuelle, considérée comme une forme de préparation au mariage, et non comme une menace à l’ordre social. »
    Murray & Roscoe, page. 251

Une mémoire effacée et une réalité niée

Murray et Roscoe insistent sur un point fondamental : ce n’est pas l’existence de pratiques homosexuelles qui est nouvelle en Afrique, mais la répression et le silence imposés autour d’elles. La colonisation, avec ses lois, ses églises et sa morale sexuelle, a activement œuvré à effacer ces formes de relations ou à les requalifier comme des « perversions ».

« Ce n’est pas l’Afrique qui a changé, c’est le regard posé sur elle. Ce sont les catégories européennes, les peurs morales et les intérêts politiques qui ont produit l’idée d’une Afrique fondamentalement hétérosexuelle. »
Boy-Wives and Female Husbands, Conclusion, page253.

Redécouvrir une histoire oubliée

Il est essentiel de rappeler cette richesse historique et anthropologique pour démystifier le discours dominant qui présente l’homosexualité comme étrangère à l’Afrique. Les travaux de Stephen O. Murray et Will Roscoe, appuyés par des décennies de recherches de terrain, nous permettent de reconnaître et de valoriser la diversité sexuelle qui a existé, et qui continue d’exister malgré les persécutions modernes.

Cette démarche n’est pas une provocation, mais un devoir de vérité. Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé, mais de montrer qu’une autre lecture de nos traditions est possible .Une lecture fondée sur la reconnaissance, la nuance et la dignité humaine.

Sylvain Djankou

L’un des plus grands malentendus autour des sexualités africaines réside dans la croyance que l’homosexualité serait un phénomène importé d’Occident. Cette idée, aujourd’hui largement répandue dans l’opinion publique et instrumentalisée dans certains discours politiques ou religieux, ne résiste pas à l’examen historique et anthropologique rigoureux. Des chercheurs comme Sylvain Djankou, auteur de “Homosexualité : l’Afrique sort du placard”, ont contribué à réhabiliter cette mémoire oubliée, en montrant que les pratiques homosexuelles ont toujours existé sur le continent, dans diverses formes et sous différentes acceptations culturelles.

L’Afrique ancienne et la diversité des sexualités

Dans son ouvrage, Sylvain Djankou explore les différentes sociétés africaines précoloniales dans lesquelles des relations entre personnes du même sexe étaient non seulement présentes, mais parfois institutionnalisées. Il ne s’agit pas de lire le passé avec des lunettes modernes, mais de constater que l’Afrique n’a jamais été un bloc monolithique hétérosexuel, comme certains voudraient le faire croire.

« Dire que l’homosexualité n’est pas africaine revient à nier une partie importante de notre histoire et de nos cultures. Avant l’arrivée des colons et de leurs morales chrétiennes, de nombreuses sociétés africaines connaissaient, toléraient ou régulaient ces formes de sexualité. »
Dans Homosexualité : l’Afrique sort du placard, page 37.

Djankou insiste sur le fait que les sociétés africaines fonctionnaient selon leurs propres systèmes de genre et de sexualité, où les rôles n’étaient pas toujours déterminés uniquement par le sexe biologique, et où les relations affectives et sexuelles entre personnes du même sexe n’étaient pas systématiquement réprimées.

Des cas bien documentés à travers le continent

Parmi les exemples cités par l’auteur :

  • Chez les Dagaaba du Ghana, certains récits oraux évoquent l’existence de femmes ayant des partenaires féminines, souvent dans le cadre de relations de soutien mutuel, parfois intimes, souvent acceptées par la communauté.
  • Chez les Zulu d’Afrique du Sud, des rituels initiatiques permettaient à de jeunes hommes de vivre des expériences sexuelles entre eux, sans que cela soit perçu comme une transgression.
  • Au Congo, Djankou mentionne les pratiques des guerriers azandés, bien documentées par d’autres chercheurs, comme E.E. Evans-Pritchard, où l’homosexualité masculine entre soldats avait une fonction sociale claire, souvent encouragée durant les campagnes militaires.

Une morale coloniale importée

Djankou met en lumière un point crucial : la criminalisation de l’homosexualité en Afrique est une importation coloniale, liée à l’imposition des codes pénaux européens et de la morale chrétienne. Il rappelle que les lois qui interdisent aujourd’hui les relations homosexuelles dans plusieurs pays africains sont des héritages directs de l’Empire britannique ou français, et qu’elles n’existaient pas dans les systèmes juridiques traditionnels.

Une mémoire à réhabiliter, un héritage à assumer

En se basant sur les travaux de Sylvain Djankou, on comprend que l’homosexualité n’est pas un corps étranger au continent africain. Elle est une part souvent tue, mais bien réelle, de son histoire culturelle, sociale et spirituelle. Ce que la colonisation a fait, c’est effacer, criminaliser et diaboliser cette réalité, en imposant de nouveaux récits souvent violents sur la sexualité.

Revenir à cette mémoire, ce n’est pas renier nos traditions, c’est les éclairer d’un jour plus complet et plus honnête.

Narcisse Mbunzama

Lorsque l’on interroge les rapports entre sexualité et cultures africaines, un nom important est celui de Narcisse Mbunzama, dont les travaux universitaires et publications engagées participent à une réhabilitation critique de l’histoire des sexualités sur le continent, en particulier en République démocratique du Congo.

Dans ses écrits et conférences, Mbunzama démontre que la vision actuelle de la sexualité dans de nombreuses sociétés africaines , souvent figée, binaire et hétéronormée est une construction récente, liée à l’héritage colonial, à l’enseignement missionnaire chrétien et à des lectures fondamentalistes des textes religieux. Avant cela, explique-t-il, les sociétés africaines reconnaissaient une pluralité de rapports affectifs et sexuels, souvent intégrés dans des logiques culturelles complexes.

Une mémoire culturelle occultée

Mbunzama rappelle que l’Afrique précoloniale était loin d’être uniforme dans sa conception de la sexualité. Il affirme qu’il existait, dans de nombreuses sociétés, des formes de relations affectives et sexuelles entre personnes du même sexe, qui n’étaient pas systématiquement perçues comme déviantes, mais parfois ritualisées ou institutionnalisées.

« L’un des plus grands silences de l’histoire africaine postcoloniale est celui qui entoure la diversité des pratiques sexuelles de nos ancêtres. Ce silence a été construit, alimenté par l’ordre colonial et religieux, qui a réécrit notre passé en y projetant sa propre morale. »
Conférence « Genre et sexualité en Afrique : sortir de l’amnésie », Université de Kinshasa, 2019.

Dans une autre intervention publiée en 2021 dans la revue Voix Plurielles, Mbunzama souligne que des recherches sur les groupes Kongo, Luba et Mongo révèlent l’existence de termes et de rôles spécifiques désignant des individus ayant des comportements amoureux ou sexuels entre personnes du même sexe, souvent associés à des fonctions spirituelles, sociales ou thérapeutiques.

« Ce que nous appelons aujourd’hui homosexualité n’était pas, dans nos langues anciennes, une insulte ou un tabou. C’était une réalité observable, souvent associée à une identité particulière, à un rôle dans le village ou à des fonctions rituelles. »
« Sexualité et mémoire coloniale : les silences du corps africain », Revue Voix Plurielles, vol. 7, n°2, 2021, page 112

Des pratiques non diabolisées avant l’invasion missionnaire

Mbunzama attire également l’attention sur les changements radicaux introduits par les missions chrétiennes, qui ont systématiquement condamné toute forme de sexualité non reproductive, en particulier les relations homosexuelles, les qualifiant de péché ou de perversion. Cette lecture nouvelle du corps et du désir a rapidement pris le dessus, effaçant les formes locales d’acceptation, de tolérance ou de complexité.

« Le christianisme missionnaire a importé une vision linéaire et normative du genre et de la sexualité. Ce n’est pas l’Afrique qui a rejeté ses enfants homosexuels, ce sont les Églises importées qui ont appris aux familles à les rejeter. »
« Sexualité et mémoire coloniale : les silences du corps africain », Revue Voix Plurielles, vol. 7, n°2, 2021, page 119

Une sexualité plurielle, pas une anomalie

Ce que Mbunzama invite à faire, c’est retrouver cette mémoire, défaire les lectures simplistes imposées par la colonisation et reconnaître que l’Afrique n’a jamais été étrangère à la diversité sexuelle. La négation de cette réalité, aujourd’hui promue par certains leaders politiques ou religieux, n’est pas une défense des traditions africaines, mais la perpétuation d’un trauma colonial.

Restaurer la vérité historique pour mieux vivre ensemble

Grâce aux travaux de chercheurs comme Narcisse Mbunzama, une vérité se dessine avec clarté : les Africain·es ont vécu avec leurs différences avant qu’on leur apprenne à s’en méfier. La pluralité sexuelle n’est pas une menace pour les cultures africaines .Elle en a toujours fait partie, même si cette mémoire a été niée, diabolisée ou détruite.

Rouvrir cet espace de savoir et de dialogue, c’est faire acte de courage intellectuel, mais aussi d’amour pour nos vérités profondes, celles que l’histoire coloniale a voulu enterrer.

Kabengele Munanga

Dans ses recherches en anthropologie, Kabengele Munanga met en évidence le rôle destructeur de la colonisation dans la construction de l’image du corps africain, de ses désirs et de ses représentations identitaires. Bien qu’il ne traite pas directement de l’homosexualité dans tous ses écrits, son approche critique de la façon dont les colonisateurs ont imposé leurs normes sexuelles et morales permet de revaloriser une Afrique aux pratiques culturelles et sexuelles plus complexes et diversifiées qu’on ne le croit aujourd’hui.

L’effacement colonial des savoirs africains

Munanga insiste sur un fait fondamental : les sociétés africaines précoloniales possédaient leurs propres systèmes de valeurs, de normes, de croyances et de régulations sexuelles, souvent ancrées dans des cosmologies locales. Ces systèmes n’étaient pas nécessairement les mêmes que ceux des religions abrahamiques ou des morales bourgeoises européennes, qui ont été imposées de force lors de la colonisation.

« Le colonialisme n’a pas seulement conquis les terres, il a colonisé les esprits. Il a effacé les cosmogonies, les savoirs locaux, les croyances sur le corps et la sexualité. Il a redéfini ce qui était « normal » ou « déviant », en projetant sur les sociétés africaines ses propres tabous. »
Kabengele Munanga, conférence à l’UNESCO, 2006

Ce processus de déformation et d’écrasement des réalités africaines a contribué à faire disparaître des pratiques sociales autrefois acceptées, y compris des expressions de genre et de sexualité aujourd’hui stigmatisées.

Des normes sexuelles africaines autonomes

Même si Munanga ne se focalise pas sur l’homosexualité en tant que telle, il dénonce l’essentialisation occidentale de la sexualité, qui ignore la diversité des rôles et pratiques traditionnels existants en Afrique avant la colonisation. Il rappelle que les sociétés africaines ne concevaient pas toujours la sexualité uniquement selon un modèle binaire homme/femme, procréation/mariage.

Dans un article publié dans Identité Noire et Pouvoir, il écrit : « Il est indispensable de comprendre que les modèles africains traditionnels ne peuvent être étudiés qu’en dehors des lunettes coloniales. Ce que l’Europe a présenté comme « contre-nature » n’était pas forcément perçu ainsi dans nos sociétés. Il existait des formes de cohabitation, de pluralité sexuelle et de rôles non hétéronormés, que la colonisation a détruits ou rendus invisibles. »
Munanga, K. (2003), « Identité Noire et Pouvoir », page 88

Il s’agit là d’un appel à revaloriser la pensée africaine sur le corps et la sexualité, au-delà des catégories imposées. Cette ouverture inclut la reconnaissance de formes de relations affectives et sexuelles entre personnes de même sexe, non pas comme des déviances occidentales, mais comme des réalités culturelles déjà présentes, bien qu’exprimées autrement.

Une violence morale héritée

Munanga va plus loin : il critique la violence symbolique infligée aux peuples africains par le biais des missionnaires, des écoles coloniales et des législations importées. C’est cette violence qui a transformé des pratiques autrefois tolérées ou du moins non persécutées en crimes ou en péchés honteux.

« Il faut déconstruire l’idée selon laquelle l’homophobie est africaine. Ce rejet vient d’ailleurs. De nos jours, certains Africains défendent l’homophobie comme une tradition. C’est un paradoxe tragique, car c’est précisément ce que la colonisation nous a légué. »
intervention lors du colloque « Mémoire et Colonialité », Université de São Paulo, 2012

Pour une relecture décoloniale de la sexualité africaine

À travers ses travaux, Kabengele Munanga nous invite à sortir du piège de l’oubli et de la culpabilisation coloniale. Redonner à l’Afrique son histoire sexuelle, c’est réconcilier le continent avec ses multiples formes d’expression du désir, y compris celles qui ont été condamnées par les régimes coloniaux et religieux.

Ce travail de mémoire et de réappropriation est fondamental pour bâtir une société congolaise plus lucide, plus inclusive et plus en paix avec elle-même.

Ifi Amadiume

Les travaux d’Ifi Amadiume sont parmi les plus importants pour comprendre que les sociétés africaines n’ont pas toujours fonctionné selon les normes de genre et de sexualité imposées par l’Occident. En étudiant le peuple Igbo du Nigéria, elle démontre que la binarité stricte entre hommes et femmes n’était pas le seul modèle, et que des configurations de genre et de relations affectives incluant des formes d’homosexualité sociale et fonctionnelle existaient, sans être diabolisées.

Des femmes épouses d’autres femmes : une réalité africaine

Dans Male Daughters, Female Husbands, Amadiume analyse le cas des femmes qui, dans certaines sociétés igbo, pouvaient épouser d’autres femmes dans le cadre de structures sociales et économiques bien établies. Loin d’être des exceptions marginales, ces pratiques faisaient partie d’un système reconnu :

« Une femme pouvait devenir « l’épouse » d’une autre femme, non pas en tant que substitut de l’homme, mais en tant que figure socialement investie d’un pouvoir symbolique. Cela redéfinit la façon dont nous comprenons les rôles sexuels, le genre et la reproduction dans ces sociétés. »
Ifi Amadiume, Male Daughters, Female Husbands, page30.

Ces unions, bien que parfois motivées par des considérations économiques ou lignagères (par exemple pour assurer une descendance dans lignée maternelle), ouvraient la possibilité d’une cohabitation, d’une intimité et d’un compagnonnage durable entre femmes, dans une reconnaissance sociale claire. Et surtout : elles n’étaient pas stigmatisées.

Une pluralité de genres au-delà du modèle occidental

Amadiume montre que le genre n’était pas une donnée fixe, biologique ou religieuse, mais une construction sociale fluide, adaptée aux besoins des communautés. Ainsi, certaines femmes pouvaient assumer des rôles dits « masculins » (chefferie, mariage, pouvoir décisionnel) sans perdre leur reconnaissance en tant que femmes, mais en incarnant un rôle spécifique.

« Le genre, dans la culture igbo, était plus une fonction sociale qu’une essence corporelle. Le corps ne définissait pas strictement le rôle. Ce glissement fluide entre rôles permettait des formes d’arrangement relationnel que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de queer ou d’homosexuel. »
Ifi Amadiume, Male Daughters, Female Husbands, page 42.

Ce constat déconstruit l’idée que l’homosexualité serait étrangère à l’Afrique, ou qu’elle y aurait été systématiquement rejetée. Bien au contraire, des formes d’union non hétéronormatives y ont existé, dans des cadres acceptés par la société.

L’impact dévastateur de la colonisation

Ifi Amadiume souligne que c’est avec l’arrivée des colons et des missionnaires chrétiens que ces pratiques sociales ont été condamnées, effacées des récits officiels, et remplacées par une morale rigide, hétéronormée et binaire.

« La colonisation n’a pas seulement opprimé économiquement et politiquement ; elle a imposé une vision chrétienne de la famille, du mariage et de la sexualité, en effaçant ou en criminalisant tout ce qui s’en écartait. »
Ifi Amadiume, Male Daughters, Female Husbands page78.

La disparition progressive de ces modèles précoloniaux a renforcé l’homophobie contemporaine en Afrique, souvent perçue à tort comme une « tradition », alors qu’elle est une construction héritée de la domination coloniale et religieuse.

Redécouvrir les savoirs effacés

L’apport d’Ifi Amadiume est fondamental pour comprendre que les sociétés africaines, y compris celles du Nigéria et du Congo, étaient loin d’être monolithiques. En redonnant leur voix aux pratiques effacées, elle ouvre la voie à une décolonisation des sexualités, où les relations affectives et sexuelles entre personnes de même sexe ne sont plus vues comme une importation étrangère, mais comme des expressions africaines oubliées, marginalisées, mais réelles.

Chouki El Hamel

L’historien Chouki El Hamel remet en question l’idée selon laquelle les normes sexuelles actuelles en Afrique seraient le prolongement naturel des traditions africaines. Dans ses recherches sur l’Afrique du Nord islamisée, il montre que les sociétés africaines précoloniales reconnaissaient une pluralité de pratiques sexuelles, dont certaines incluaient des formes d’intimité entre personnes du même sexe. Ces pratiques ont souvent été invisibilisées, diabolisées ou réécrites par l’influence coloniale et l’orthodoxie religieuse.

Les amours entre hommes et entre femmes dans l’Afrique musulmane

Dans Black Morocco, El Hamel explore les contradictions entre la législation islamique classique et les réalités vécues dans la société. Il cite des exemples d’affection et de sexualité entre hommes, mais aussi de relations affectives fortes entre femmes, notamment dans les harems, les milieux domestiques :

« La poésie arabe classique et les chroniques historiques du Maghreb mentionnent des attachements passionnés entre personnes du même sexe. Ces récits n’étaient pas considérés comme déviants dans les formes culturelles littéraires avant l’influence coloniale européenne et la moralisation britannique. »
Chouki El Hamel, Black Morocco, page96.

Les témoignages historiques révèlent des espaces où la sexualité ne se réduisait pas à la reproduction ou à l’union hétérosexuelle. Des pratiques homoérotiques existaient et faisaient partie d’une culture vécue, parfois même célébrée dans la poésie soufie ou la tradition orale.

Une Afrique islamisée, mais pas puritaine

Contrairement à ce que prétendent certains discours actuels, l’Afrique islamisée n’a pas toujours été puritaine ou rigide sur les questions sexuelles. El Hamel souligne que la diversité sexuelle était tolérée dans certaines sphères culturelles ou mystiques, en particulier avant la codification stricte des normes juridiques musulmanes à partir du XIXe siècle sous pression coloniale.

Il met aussi en lumière le rôle de la pénétration coloniale française dans la moralisation des corps et des désirs :

« Ce n’est pas l’Islam traditionnel africain qui a mené la croisade contre la diversité sexuelle, mais l’Islam colonisé, réécrit et durci par la rencontre avec les dogmes occidentaux et les institutions chrétiennes. »
Chouki El Hamel, Black Morocco page115.

Ainsi, la répression contemporaine de l’homosexualité dans certains pays africains musulmans est plus une conséquence de la colonisation et de l’orthodoxisation religieuse qu’un reflet des sociétés traditionnelles africaines.

Invisibilisation et mémoire effacée

El Hamel insiste sur le fait que l’homosexualité n’a pas disparu du continent africain, mais qu’elle a été rendue invisible par le discours dominant. Ce silence imposé n’est pas le signe d’une tradition, mais celui d’une répression historique :

« L’idée d’un passé africain vierge de toute diversité sexuelle est une construction moderne, coloniale et morale. Elle ne résiste pas à l’analyse historique sérieuse. »
Chouki El Hamel, Black Morocco page139.

Vers une redécouverte sereine de nos histoires

Les travaux de Chouki El Hamel contribuent, comme ceux de tous les auteurs cités ci-haut à une entreprise salutaire : redonner aux sociétés africaines leur complexité, leur richesse et leur diversité originelle. Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, mais de l’écouter à nouveau avec honnêteté, loin des préjugés actuels.

L’existence de pratiques et d’identités homosexuelles en Afrique précoloniale n’est pas un mythe, mais une réalité historique qu’il est temps d’assumer avec lucidité, bienveillance et courage.

Quand l’homophobie devient un outil de contrôle

L’homophobie, loin d’être un simple rejet moral ou culturel, est devenue dans plusieurs sociétés africaines, y compris en République démocratique du Congo, un outil stratégique de contrôle social, politique et religieux. Cette instrumentalisation repose souvent sur une réécriture de l’histoire, une manipulation de la foi, et une volonté de détourner l’attention des vrais enjeux socio-économiques.

Une rhétorique politique détournée

Dans le débat public, certaines personnalités politiques congolaises, à l’instar de Constant Mutamba, ont adopté une posture très virulente contre les personnes LGBTQ+. En affirmant que l’homosexualité ne ferait pas partie de la culture africaine, ce député tente de faire croire à une pureté morale indigène que la colonisation ou « l’Occident décadent » serait venu corrompre.

Pourtant, comme nous l’avons démontré dans les points précédents grâce aux travaux d’auteurs comme cités plus haut , cette affirmation ne résiste ni à l’analyse historique ni à l’anthropologie. Les sociétés africaines précoloniales connaissaient et intégraient une diversité de relations et d’expressions sexuelles, sans le rejet systématique que l’on observe aujourd’hui.

Cette contradiction montre que l’homophobie contemporaine n’est pas un vestige de traditions africaines, mais bien un produit de l’histoire coloniale et missionnaire, repris et réutilisé à des fins politiques.

Une arme de diversion

L’homophobie permet aussi aux responsables politiques de détourner l’attention de la population des problèmes structurels : pauvreté, corruption, chômage, manque d’accès aux soins ou à l’éducation. En désignant un « ennemi intérieur » imaginaire : les homosexuels .On canalise la frustration populaire vers une cible facile, tout en évitant de rendre compte de sa propre gestion du pays.

Le rôle de certains leaders religieux

Certains pasteurs et prédicateurs jouent un rôle central dans la diffusion de discours haineux envers les minorités sexuelles. Des figures comme le pasteur Marcello Tunasi, le le pasteur Paul mukendi, et bien d’autres, ont à plusieurs reprises qualifié l’homosexualité de « démoniaque », de « maladie spirituelle » ou de « pratique satanique », contribuant à entretenir la peur, le rejet et parfois même la violence.

Pourtant, aucun des textes bibliques utilisés pour condamner l’homosexualité ne fait référence à la situation spécifique des personnes africaines, encore moins à la diversité des pratiques et identités sexuelles dans nos cultures précoloniales. Les interprétations littérales et sélectives servent ici un projet idéologique et moral rigide, coupé du contexte historique africain.

Une menace pour les libertés fondamentales

En fin de compte, l’homophobie sert aussi à restreindre les libertés individuelles et à contrôler les corps, surtout ceux des femmes et des minorités. Lutter contre l’homophobie, ce n’est pas imposer une vision occidentale, c’est au contraire réhabiliter notre histoire, protéger nos droits et refuser que la haine serve de politique publique.

Conclusion

Il est fondamental de rappeler que l’homosexualité est une réalité humaine normale. Elle n’est ni une maladie, ni une influence étrangère, ni un danger pour notre société. Elle fait partie intégrante de la diversité des orientations affectives et sexuelles existant dans toutes les cultures du monde, y compris en République démocratique du Congo.

Contrairement aux affirmations du député Constant Mutamba, l’homosexualité n’est pas étrangère à nos coutumes. De nombreux travaux de chercheurs africains et congolais, appuyés par des témoignages, des observations ethnographiques et des traditions orales, ont démontré que des formes d’homosexualité y compris féminines existaient et étaient socialement reconnues dans plusieurs sociétés congolaises avant la colonisation. Ce sont les missions chrétiennes, la morale coloniale et l’État postcolonial qui ont contribué à diaboliser ces pratiques et à réprimer les identités LGBTQ+.

La loi proposée par Monsieur Mutamba ne repose donc pas sur une connaissance profonde de l’histoire de notre peuple, mais sur des préjugés modernes, souvent alimentés par une vision fondamentaliste et occidentalisée de la religion.

Reconnaître l’existence et la légitimité des amours homosexuels, notamment les amours lesbiennes, c’est aussi reconnaître l’humanité et la dignité de toutes les Congolaises et Congolais.

Il est temps que notre pays avance vers une société plus juste, plus éclairée et plus respectueuse de toutes ses citoyennes et citoyens. L’homosexualité n’est pas un crime. Elle n’est pas une invention occidentale. Elle a toujours existé dans notre histoire, dans nos peuples, dans nos familles. Elle est simplement une manière d’aimer. Et aimer ne devrait jamais être puni.

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7 commentaires

  1. Premièrement, je vous remercie pour cet article qui vise à éduquer et à informer en même temps en ce qui concerne les pratiques homosexuelles dans les sociètes africaines pré-coloniales.

    Comme par exemple chez les Azande ( Nord-Est de la RDC).
    Le Mujanku ou Coupe-Coupe en RDC (Royaume du Kongo et autres groupes) : Il existait une pratique appelée Mujanku ou Kimbanda, où des hommes, considérés comme des chamanes ou des guérisseurs, prenaient des époux masculins. Ces relations étaient socialement reconnues et liées à leur statut spirituel.
    Les femmes-mari en Afrique de l’Ouest (ex: chez les Igbo au Nigeria) : Une femme riche et influente pouvait obtenir le titre d’ homme et prendre une ou plusieurs épouses. Bien que cette pratique visait souvent à perpétuer une lignée (les enfants des épouses étant considérés comme ceux de la femme-mari), la relation pouvait aussi être intime. C’était une reconnaissance sociale du statut et du pouvoir, transcendant les normes de genre.
    Les guerriers et les rapports de mentorat (ex: en Angola) : Chez certains peuples, comme les Chokwe en Angola, des rapports sexuels entre guerriers expérimentés et jeunes novices faisaient partie du processus d’initiation et de transfert de connaissances et de force.

    Il est inexact de dire que toutes les sociétés africaines pratiquaient ou approuvaient l’homosexualité. Comme partout dans le monde, les attitudes variaient considérablement d’une ethnie à l’autre, d’un royaume à l’autre. Certaines sociétés la désapprouvaient, d’autres l’ignoraient, et d’autres encore l’intégraient pleinement dans leur tissu social et spirituel.

    Cependant, les preuves historiques et anthropologiques sont formelles : les actes homosexuels et les identités de genre non binaires existaient bel et bien dans de nombreuses sociétés africaines avant la colonisation.

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