Ils prêchent la haine, nous récoltons les coups : être LGBT+ en République Démocratique du Congo

« Ils prêchent la haine, nous récoltons les coups. »
Cette phrase pourrait sembler dure. Mais elle traduit malheureusement une réalité vécue chaque jour par de nombreuses personnes LGBTQ+ en République Démocratique du Congo. Dans un pays où certains responsables religieux et politiques ont fait de l’homosexualité un sujet de croisade morale, les conséquences de leurs paroles dépassent largement les murs de leurs églises ou les bancs de l’Assemblée.
À coups de sermons virulents et de discours enflammés, ils désignent des boucs émissaires et alimentent un climat d’intolérance, voire de violence. Et pendant que les caméras capturent leurs propos, dans les rues de Kinshasa et d’ailleurs, des citoyennes et citoyens subissent insultes, agressions, humiliations simplement pour exister tels qu’ils sont.
Les vidéos et témoignages qui suivent ne relèvent ni de la fiction ni de l’exagération. Ce sont des preuves concrètes des ravages que peuvent causer des paroles déshumanisantes lorsqu’elles sont portées par des figures d’autorité. Il ne s’agit pas ici d’opposer croyants et minorités sexuelles, mais de poser une question simple : jusqu’à quand le silence complice des institutions permettra-t-il que l’identité d’une personne soit un motif de violence publique ?
Quand la parole devient une arme : prêcher la haine au nom de Dieu
Dans la vidéo ci-dessus, on entend la voix puissante et galvanisée de Marcello Tunasi, figure religieuse influente en République démocratique du Congo. Il y proclame avec conviction que si l’homosexualité devait un jour être « introduite » en RDC, ils s’élèveront contre, prêts à aller en prison au nom de la volonté de Dieu. Dans un élan d’émotion collective, il appelle ses fidèles à ne pas tolérer l’homosexualité, la décrivant comme un mal, un fléau, un danger spirituel à éradiquer. Il ne parle pas ici en tant que simple croyant, mais comme un guide d’âmes, un chef spirituel… qui alimente la haine.
Autour de lui, une foule acclame, crie, applaudit, galvanisée par des mots qui transforment des êtres humains en ennemis spirituels, des citoyens en monstres, des vies en cibles. Dans une autre séquence, le pasteur Mukendi reprend cette rhétorique, décrivant l’homosexualité comme « contre-nature » et « dégoutant », sans nuance, sans humanité.Puis, le relais politique se fait par la voix de Constant Mutamba, député et porteur d’un projet de loi liberticide, une loi qui criminalise encore davantage l’existence même des personnes LGBTQ+, et ce, en prétendant s’appuyer sur « nos coutumes », comme si nos traditions avaient toujours été homophobes, ce qui est historiquement faux , lire ici. Le message est clair : les personnes LGBTQ+ n’ont pas leur place ici.
En RDC, où plus de 95 % de la population se déclare chrétienne est un pays qui à au moins 5 églises à chaque tournant de rue , les pasteurs sont vus comme des porte-voix de Dieu lui-même. Ils sont écoutés, vénérés, acclamés. Leurs paroles ne sont presque jamais remises en question, comme si Dieu s’exprimait littéralement à travers eux. Dans cette vidéo courte juste deux sont mis en avant alors qu’aucun de pasteurs congolais ne sait se taire face à la question liée à l’ homosexualité , tous prêchent même intolérance , la même haine qui engendre des conséquences très dramatiques pour les personnes lgbt de la rdc.
Dans cette société religieuse, la chaire devient plus influente que la Constitution. Le sermon du dimanche devient une source de loi morale plus puissante que n’importe quel tribunal.
Et quand un pasteur comme Tunasi, adulé, écouté et suivi aveuglément, appelle à « ne pas tolérer » les homosexuels, ce ne sont pas que des mots. Ce sont des consignes, des justifications à la violence. Ce sont des autorisations implicites de discriminer, d’agresser, de frapper , d’ injurier , d’humilier, le tout « au nom de Dieu ».
Des paroles qui tuent
Ce type de discours n’est pas sans conséquence. Ils ne restent pas confinés aux murs des églises ou des salles parlementaires. Ils s’infiltrent dans les esprits, justifient les violences, les coups, les humiliations. À cause de ces paroles :
- Des jeunes LGBTQ+ se font agresser en pleine rue, filmés, moqués, battus, sans qu’aucun passant n’intervienne.
- D’autres n’osent plus sortir de chez eux, se cachent sous des vêtements « neutres », des vareuses trop larges pour effacer leur identité.
- Les injures deviennent banales, les regards sont menaçants, et les coups deviennent presque légitimes, tant les gens croient défendre Dieu en déshumanisant une minorité.
- Culpabilité intérieure et suicides : des jeunes grandissent en pensant qu’ils sont « possédés », « démoniaques », « indignes d’amour » simplement pour l’ amour qu’ils ressentent.
- Cloisonnement social et peur permanente : des gens vivent cachés, déguisés, étouffés par la peur de ne pas être librement qui ils sont , la peur de ne pas « ressembler à ce que Dieu attend », ou à ce que les pasteurs ont dit que Dieu attendait.
Quand un pasteur crie « ne tolérez pas l’homosexualité », quand un politicien affirme qu’un individu homosexuel est « contre la coutume », ce n’est pas une opinion innocente, c’est un appel déguisé à la violence. Ces propos créent un climat où des personnes LGBTQ+ peuvent être tabassées, violées, tuées sans que leurs agresseurs ne se sentent coupables. Parce qu’ils se croient investis d’une mission divine.Ces discours sont le socle moral de l’homophobie congolaise. Ils forgent une société où être gay, lesbienne, bi, trans ou queer est vu comme pire qu’être un voleur, un violeur ou le chef m23.
Ces discours fabriquent une société où l’amour devient un crime, où une identité devient un motif d’exclusion, où une personne est réduite à un « péché » à corriger ou à éliminer. Et pendant que Tunasi crie, que Mukendi diabolise, que Mutamba légifère… des Congolaises et des Congolais LGBTQ+ meurent à petit feu, sous le poids de l’isolement, de la peur, de la violence.Que ce soit dans les églises ou au Parlement, le même discours s’amplifie. On parle d’homosexualité comme d’un fléau importé, une menace contre la société, une abomination divine.
Pourtant, cette narration est historiquement fausse, anthropologiquement erronée, et humainement destructrice.
Ce n’est pas Dieu qui discrimine.
Ce sont des hommes, parfois en robe de pasteur ou en costume-cravate de député, qui manipulent la foi pour imposer leur peur, leur haine, leur ignorance.
Non, ces discours ne protègent pas nos enfants. Ils les exposent à plus de haine.
Non, ils ne défendent pas la morale. Ils minent la paix sociale.
Non, ils ne sont pas des paroles de foi. Ce sont des armes de rejet, d’exclusion, de destruction.
Nous, personnes LGBTQ+ congolaises, ne sommes pas contre la nature ni contre Dieu. Nous sommes contre la haine. Nous voulons simplement exister, aimer, marcher en paix dans les rues de notre propre pays.
Et si Tunasi, Mukendi et Mutamba sont écoutés comme des prophètes aujourd’hui, qu’ils se rappellent que les vrais prophètes défendent les opprimés, pas ceux qui jettent la pierre.
Nos vies ne sont pas un péché. Vos discours, oui.
Quand la loi Mutamba devient un permis de haïr
Depuis la sortie de la loi de Constant Mutamba, la République Démocratique du Congo est entrée dans une ère où l’agression publique des personnes LGBT+ est devenue flagrante et légitimée. Depuis la proposition de cette loi, la rue est devenue un tribunal, un champ libre pour la violence, et les personnes LGBTQIA+ des proies légitimées par la morale et la peur. Les agressions se sont multipliées : coups, humiliations, insultes. La société s’est sentie investie d’un pouvoir nouveau, celui d’appliquer sa justice, au nom de la loi Mutamba et des prêches incendiaires du pasteur Marcello Tunasi.
Une simple apparence masculine chez une femme, ou feminine pour un homme , un geste de tendresse, un mot d’amour peut déclencher une violence publique. Tout le monde s’improvise juge, bourreau, redresseur de mœurs. Il ne faut pas chercher loin les preuves : les vidéos circulent, filmées en plein jour, en pleine ville. On y voit des jeunes trans, lesbiennes, gays, pris à partie, encerclés, agressés, sous les cris .des jeunes trans ou homosexuels bousculés dans la rue, parfois même frappés, simplement parce qu’ils sont visibles. Des scènes filmées sur le vif, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Que dire de ceux qu’on n’a pas filmés ? De ces innombrables humiliations, de ces regards violents, de ces coups qui ne laissent pas toujours de trace visible mais brisent une vie ?
Ce qu’on ne filme pas, ce sont les regards tranchants, menaces de viol pour ramener au droit chemin , mariages forcés , rejet et de délivrances forcées , les rues traversées en courant, les vies réduites à la clandestinité…
Un seul individu LGBTQ+ marchant seul dans la rue peut devenir la cible d’une foule. Ce n’est ni pour ce qu’il a fait, ni pour une parole prononcée. C’est simplement parce qu’il est, parce qu’elle est, ce qu’on appelle ici un « déviant ». Un trans adulte, qui ne fait de mal à personne, se retrouve bousculé, insulté, comme si chacun autour de lui avait tous les droits sur son corps et sa dignité. Et ces agresseurs ne se sentent ni coupables, ni honteux ils se sentent moraux. Ils se sentent « du côté du bien ». La loi de Constant Mutamba leur sert de justification, les discours des religieux radicaux leur servent d’arme.
Dans une autre scène filmée, c’est un jeune homosexuel encerclé par toute une foule. Mais les cris des autres couvrent sa voix. On lui hurle la loi Mutamba au visage, comme pour rappeler leur « droit » de l’agresser, comme pour le réduire à rien. Ce n’est plus une foule, c’est un tribunal sauvage.
Mais au-delà des vidéos qui circulent, il y a aussi celles et ceux qu’on n’entend jamais. Comme cette jeune fille lesbienne, au style masculin, qui a accepté de témoigner pour notre site VoixLesbiennes.com. Elle s’exprime en lingala. Elle parle avec franchise, avec émotion. Sa voix tremble par moments. Ce n’est pas de la faiblesse : c’est la peur. Une peur constante, celle d’exister dans un pays où être et aimer comme elle est et aime est un danger quotidien.
« Depuis cette loi, j’ai peur. Ce n’est pas la police seulement, c’est la société entière qui applique cette loi. » dit elle.
Elle nous confie qu’elle n’ose plus exprimer son amour à une fille. Car dans ce climat, toute fille peut devenir une traîtresse : aller la dénoncer à la police ou dans la communauté, et dans les deux cas, son sort serait le même. Elle pourrait être arrêtée, violentée, humiliée.
Elle a peur de marcher dans les rues de Kinshasa. Son style vestimentaire masculin attire trop l’attention. Trop de risques. Pour ses rares sorties, elle emporte toujours sa carte de footballeuse. Elle porte une vareuse de sport, pour faire croire qu’elle n’est qu’une fille passionnée de football. Elle ne marche jamais longtemps. Elle prend une moto du point A au point B, et revient. Pas pour vivre, mais pour survivre.
Elle dit :« Je ne sors que quand c’est obligé. J’ai toujours ma carte avec moi. C’est triste mais c’est ma protection. Je ne peux même pas aimer une fille en paix. Une simple confidence peut devenir une condamnation. »
Ce qu’elle témoigne est terrifiant. Et pourtant, elle n’est pas seule. Partout en RDC, des jeunes vivent la même angoisse : celle de ne pas savoir si marcher dans la rue, aimer quelqu’un, s’habiller selon son style peut suffire à se faire tuer. Elle témoigne pour que d’autres comprennent. Pour que la RDC voie que derrière les mots « homosexuel », « trans », « déviant », il y a des êtres humains qui ont peur, des êtres humains qui ne cherchent qu’à vivre avec dignité.
Ce n’est plus seulement l’État qui punit : c’est la société elle-même qui applique la loi à coups de crachats, de poings et d’humiliations. Elle le fait avec le sentiment du devoir moral, en criant « Mutamba ! », comme on jette une pierre. Et dans ce chaos, certains se sentent encore « bons » parce qu’ils croient défendre des valeurs.
Le silence présidentiel, ou le déni comme complicité
Alors que la loi de Constant Mutamba ravage nos communautés, que les discours religieux radicalisés justifient les violences les plus sordides, le Président Félix Tshisekedi, lui, choisit le silence. Pire : il nie notre existence.
Durant sa campagne électorale, face à une question sur les droits des personnes LGBTQ+, il a déclaré avec assurance :« En RDC, nous n’avons pas de problèmes de genre. »
Une phrase, lâchée sans trembler. Une phrase comme un couperet. Une phrase qui efface, qui invalide, qui anéantit.
En prononçant ces mots, le président Tshisekedi a fermé les yeux sur les violences, les stigmatisations, les agressions que nous subissons chaque jour. Il a tourné le dos à toutes ces vies brisées dans l’ombre. Il a nié nos réalités, nos douleurs, nos visages, nos corps, nos amours. Il a choisi le déni. Et ce déni, dans un contexte aussi tendu, devient une complicité silencieuse.
Quand un chef d’État nie l’existence d’un problème, il encourage ceux qui le provoquent. Quand il dit que tout va bien, ceux qui battent, humilient, dénoncent, croient avoir le feu vert. Et ils l’ont. Car si même le président refuse de voir notre souffrance, alors qui nous défendra ? Qui osera dire que nous avons le droit d’exister ?
En disant qu’il n’y a pas de problèmes de genre en RDC, le président Tshisekedi ne répond pas à une réalité : il l’efface volontairement. Il nie l’angoisse des jeunes trans qui ne peuvent plus sortir sans risquer l’agression. Il nie les femmes lesbiennes harcelées dans les taxis, rejetées par leurs familles, trahies par des amies. Il nie la terreur, la solitude, la précarité, les suicides, les tentatives de conversion forcée.
Il nie notre humanité.
Et ce déni, quand il vient d’en haut, devient une autorisation pour les violences d’en bas. Une approbation tacite. Une couverture politique pour ceux qui veulent « nettoyer » les rues de Kinshasa, Lubumbashi ou Goma de ce qu’ils appellent des « démons », des « déviants », des « agents de l’Occident ».
Le silence tue.
Le déni tue.
Et dans notre pays, ce déni est présidentiel
Il est encore temps de faire preuve d’humanité
Aujourd’hui, en République Démocratique du Congo, des êtres humains sont pourchassés, humiliés, agressés, frappés , violés, délivrés de force , rejetés, bannis, simplement pour ce qu’ils sont. Pas pour des crimes, pas pour des délits, mais pour leur identité, pour leur orientation, pour leur manière d’aimer, de vivre, de s’exprimer.
Et pendant que la société s’enflamme dans une violence morale et physique envers les minorités sexuelles, ceux qui ont le pouvoir de calmer les choses gardent le silence ou alimentent, par leurs mots ou leur absence de mots, ce climat de haine.
Nous nous adressons ici avec gravité et espoir :
À vous, Monsieur Constant Mutamba,
Votre loi a déclenché une vague d’agressions. Votre texte est devenu une arme entre les mains des foules. Il est encore temps de regarder en face les conséquences humaines de ce que vous avez proposé. Vous êtes désormais responsable d’un climat social où la haine se croit légale.
Nous vous demandons de sortir du silence et d’appeler solennellement à la fin des violences, de rappeler que même dans un État de droit, nul n’a le droit de se faire justice lui-même. Votre voix peut sauver des vies. Ne l’utilisez pas pour diviser, mais pour protéger.
À vous, Monsieur le Président Félix Tshisekedi,
Votre fonction vous donne le devoir de veiller à la dignité de tous les citoyens, sans distinction. Lorsque vous affirmez que la RDC « n’a pas de problèmes de genre », vous niez l’évidence, vous niez des souffrances que des milliers de jeunes subissent chaque jour.
Mais il n’est jamais trop tard pour se dresser contre l’injustice. Il n’est jamais trop tard pour prononcer un discours de paix, de rappel à la loi, de reconnaissance de la dignité humaine.
Nous vous demandons solennellement, Monsieur le Président, de prendre publiquement position contre les violences ciblées, d’appeler à la fin des agressions envers les personnes LGBTQ+, et de rappeler que nul ne doit être persécuté pour ce qu’il est.
Votre parole peut apaiser, guider, réparer.
Votre silence, lui, risque de continuer à tuer.
Madame Aimée KYEMBE, après avoir lu vos publications sur votre site voix lesbiennes, je suis choqué.
Je dois vous dire que ici chez nous en République Démocratique du Congo, la communauté LGBT est une couche sociale qui n’est pas la bienvenue. Vous faites l’apologie de votre communauté sans vergogne.
En R.D.C être lesbiennes ou homosexuels est une union ou relation contre nature .
Vue comme infraction, la loi pénale congolaise punit l’homosexualité en la qualifiant d’attentat à la pudeur.
Elle est punit de six mois à cinq ans de servitude pénale (article 168 du code pénal).
Je ne sais dans pays vous vivez, les autorités congolaises ne vous laisseront pas tranquille, vous serez poursuivie, arrêtée et vous subirez toute la rigueur de la loi pénale, une fois qu’on aura mis la main sur vous, car vous êtes entrain de sensibiliser , de faire une propagande sur une pratique immorale, contraire à la loi et aux bonnes moeurs congolaises .
Nous sommes mobilisés pour vous barrer la route, pour éradiquer ce mal, ce virus qui risque de détruire la société congolaise.
Toi tu fais la propagande des lesbiennes, saches que ta place est en prison.
En RDC, le maman-maman ou le papa-papa ça ne passe pas. C’est un acte contre nature.
Dès qu’on va te dénicher, Aimée, nous allons te brûler vive.
La violence dont tu parles tu l’auras ndoki tu seras persécutée sur l’étendue de la République