Jeannette Mushiya Mbangu, une voix politique rare en RDC pour les droits LGBTQIA+

En République démocratique du Congo (RDC), débattre ouvertement des droits des personnes LGBTQIA+ est presque inexistant dans l’espace politique. Entre les pressions sociales, les préjugés religieux et les récents appels à criminaliser « les pratiques sexuelles déviantes », les voix qui s’élèvent pour défendre l’humanité et la dignité des personnes LGBT sont rares et souvent isolées.
C’est dans ce climat tendu qu’émerge la figure de Jeannette Mushiya Mbangu, députée nationale, avocate de formation et militante des droits humains. Alors que certains leaders politiques prônent des discours répressifs contre l’homosexualité, elle, elle choisit l’audace du dialogue, de la justice et de la protection des libertés fondamentales. En prenant la parole publiquement pour contester des discours et des mesures qui pourraient fragiliser encore davantage la communauté LGBTQIA+, elle ouvre une brèche dans un débat public souvent fermé.
Dans un pays où la législation n’interdit pas explicitement l’homosexualité mais où les attitudes politiques et sociales tendent à la stigmatiser, la position de Jeannette Mushiya Mbangu est une rareté courageuse , un acte politique et humain qui mérite d’être expliqué, reconnu et compris.
Biographie et Parcours politique

Jeannette Mushiya Mbangu est une personnalité politique et juridique congolaise reconnue pour son engagement tant dans le domaine du droit que dans celui de la vie politique en République démocratique du Congo (RDC). Elle est née le 29 septembre 1968 à Lwebo, dans la province du Kasaï.
Avocate de formation, Jeannette Mushiya a prêté serment en février 2005 et exerce depuis comme avocate près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete, où elle est inscrite au Tableau National de l’Ordre des Avocats sous le numéro 3076. Elle a également joué un rôle actif dans des contentieux électoraux majeurs au pays, en représentant notamment des acteurs politiques dans différents scrutins, ce qui lui a valu une certaine réputation d’experte en droit électoral et en droit public.
Sur le plan académique, elle est titulaire d’un Diplôme d’Études Spéciales en Droit Public interne et poursuit un doctorat à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), montrant ainsi son engagement continu envers l’étude et l’application du droit. Elle est aussi auteur d’analyses juridiques et participe à des publications spécialisées sur des questions comme la jurisprudence électorale.
Dans sa vie professionnelle, Jeannette Mushiya Mbangu n’est pas seulement une avocate plaidante : elle a été avocat du Parti Démocrate Chrétien (PDC) lors des contentieux électoraux de 2007 et 2012, et elle a aussi représenté des acteurs politiques dans des dossiers devant des institutions internationales, comme la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples.
Elle est également présidente d’organisations non gouvernementales et d’associations civiles, notamment Les Amis de Martin Luther King, Jr. (AMALUK), ainsi que membre de plusieurs réseaux professionnels et humanitaires, ce qui témoigne de son engagement pour les droits humains, la paix et le développement.
Son engagement politique remonte à 2006, lorsqu’elle s’est impliquée activement dans des mouvements et coalitions. Elle a été membre de plusieurs plateformes politiques, notamment la Dynamique de l’Opposition, le G7, et le RASSOP. Elle a également occupé des fonctions au sein du Parti Démocrate Chrétien (PDC), comme inspecteur général et coordonnatrice à Kinshasa.
Candidate à la députation nationale à plusieurs élections, elle a continué à défendre une vision de responsabilité civique et de service public, défendant que les élections ne doivent pas être des moments de marchandage politique mais d’engagement démocratique.
En 2023, elle figure sur la liste de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) comme titulaire pour la circonscription de Mont-Amba (Kinshasa), sous l’étiquette du regroupement politique Alternative Chrétienne pour le Congo (A1), confirmant ainsi son statut de députée nationale élue.
Son courage politique : s’opposer publiquement à la loi anti-LGBT
L’un des aspects les plus remarquables du parcours de Jeannette Mushiya Mbangu réside dans sa prise de position publique contre la proposition de loi dite « loi Mutamba », un texte porté par le député Constant Mutamba. Cette loi vise, entre autres, à criminaliser l’homosexualité, interdire toute forme de défense des droits LGBT, sanctionner les organisations ou individus accusés de « promotion de l’homosexualité » et renforcer la surveillance de la vie privée au nom de la « morale ». Dans un pays où l’homosexualité n’est pas illégale mais est fortement stigmatisée, cette initiative législative représente un risque accru de criminalisation, de violences et de discriminations, des dénonciations calomnieuses
Une défense fondée sur le droit, l’humanité et la justice
Depuis près de dix ans, Jeannette Mushiya Mbangu porte un discours cohérent, lucide et profondément humain sur la question des droits des personnes LGBT en République Démocratique du Congo. Contrairement aux positions idéologiques ou religieuses qui dominent souvent le débat public, son approche est strictement juridique, constitutionnelle et humaniste. Elle ne revendique pas une « opinion » : elle rappelle les obligations de l’État.
Une défense basée sur les droits humains
Dans ses interventions publiques, Me Mushiya souligne que les personnes LGBT sont d’abord des citoyens, et qu’à ce titre, elles bénéficient des mêmes droits fondamentaux que tous les Congolais. Elle rappelle que :
- la Constitution garantit l’égalité devant la loi,
- elle interdit toute forme de discrimination,
- l’État a le devoir de protéger tous les citoyens, y compris les minorités sexuelles,
- aucune loi ne peut retirer à un groupe son humanité.
Le refus de la criminalisation : une question d’État de droit
Dans un paysage politique où criminaliser les personnes LGBT est perçu comme un moyen de plaire à une partie de la population, Jeannette Mushiya se distingue. Elle rappelle souvent que criminaliser une orientation sexuelle ne résout rien et viole les engagements internationaux de la RDC en matière de droits humains.
Elle insiste sur un principe simple mais essentiel :Nous avons besoin de mesures d’ encadrement de la jeunesse LGBT.
Une décennie d’engagement : écouter, encadrer, protéger
Loin des discours populistes, Jeannette Mushiya Mbangu adopte une approche pragmatique. Depuis au moins dix ans, elle plaide pour que la société congolaise cesse de nier l’existence des jeunes LGBT et commence enfin à se saisir de la réalité.
Elle a notamment dirigé et publié une revue juridique dans laquelle elle affirme la nécessité urgente d’une loi d’encadrement.
Selon elle, il est impossible de discuter sérieusement de ce sujet sans :
- définir clairement l’homosexualité en droit congolais,
- reconnaître l’existence des personnes LGBT,
- les écouter,
- les accompagner,
- et surtout les protéger.
Elle propose même une approche de santé publique et de protection sociale :
- créer une banque de données pour comprendre les réalités de ces jeunes,
- mettre en place des mesures de prévention, d’accompagnement et de médiation,
- avoir des programmes d’écoute et de soutien,
- ouvrir un vrai débat sur les politiques publiques qui les concernent.
Elle rappelle que l’encadrement juridique est indispensable, y compris pour ceux qui pensent que l’homosexualité devrait être rejetée :
« Même si vous estimez que ces pratiques doivent être interdites, vous devez passer par une loi d’encadrement. Il faut des textes clairs, précis, applicables. »
Cette position est extrêmement rare dans le débat congolais : elle replace la question LGBT dans le champ du droit, de la rationalité, et non dans celui de l’émotion ou de la
La posture d’une juriste : rigueur, logique, cohérence
Ce qui distingue Jeannette Mushiya Mbangu est sa capacité à affronter un débat passionnel avec des outils d’analyse juridique.
Elle ne crie pas, elle n’invective pas : elle cite la Constitution, les conventions internationales, les principes de l’État de droit.
Elle refuse de transformer des personnes en boucs émissaires et invite au contraire à une réflexion collective, structurée, informée.
Enfin, elle rappelle constamment un principe simple mais fondamental :La Constitution congolaise protège tous les citoyens, sans distinction de sexe, d’origine, d’âge ou d’orientation.
Ce rappel est une forme de résistance politique et morale. Dans un pays où les minorités sont facilement sacrifiées au nom des intérêts religieux ou populistes, elle exige que la loi reste la loi pour tous.
pourquoi Jeannette Mushiya Mbangu est essentielle aujourd’hui
Dans un pays où les débats autour des droits des personnes LGBT restent dominés par la peur, les préjugés et les pressions religieuses, la voix de Jeannette Mushiya Mbangu apparaît comme l’une des plus rares, des plus lucides et des plus nécessaires. Elle est, à ce jour, l’une des seules figures politiques congolaises à défendre publiquement l’humanité, la dignité et la protection juridique des minorités sexuelles. Ce rôle unique fait d’elle un repère précieux dans un paysage politique où le silence est souvent la règle et le courage l’exception.
Son engagement n’a rien d’un geste opportuniste : il repose sur une décennie de travail, de recherches, de publications et de prises de position réfléchies. En rappelant que les personnes LGBT sont des citoyens à part entière, qu’elles méritent protection et considération, elle replace ce sujet dans le seul cadre qui devrait compter : le droit et l’humanité. Dans un environnement hostile, elle a choisi la voie la plus difficile, mais aussi la plus noble : défendre des personnes souvent abandonnées, stigmatisées, invisibles, et rappeler au pays ses propres obligations constitutionnelles.
Reconnaître et soutenir des voix comme la sienne est essentiel. Parce qu’elles ouvrent des espaces de dialogue là où il y avait du silence. Parce qu’elles montrent qu’une autre RDC est possible : une RDC qui écoute, qui protège, qui respecte ses citoyens sans distinction. Une RDC qui ne se laisse pas guider par la peur, mais par la justice.
Le chemin est long, les résistances sont fortes, mais des femmes comme Jeannette Mushiya Mbangu prouvent qu’un changement est possible. Elles rappellent que le courage politique existe encore, que la compassion peut encore guider l’action publique, et que personne ne devrait être abandonné à la violence ou à la discrimination.
La RDC a besoin de figures courageuses pour défendre l’humanité de toutes et tous.
Et aujourd’hui, Jeannette Mushiya Mbangu en est l’un des visages les plus lumineux.