PARIAH Voix Lesbiennes
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Pariah(film,2011)

Pariah3 Voix Lesbiennes

Sorti en 2011, Pariah est un film réalisé par Dee Rees, elle-même lesbienne noire, qui signe ici une œuvre intimiste et bouleversante sur l’adolescence, la découverte de soi et le rejet familial. Le film suit Alike, une jeune fille noire de Brooklyn qui explore silencieusement son identité lesbienne dans un environnement familial strict, religieux et profondément homophobe. À travers une mise en scène délicate et des silences lourds de sens, Dee Rees donne une voix rare et précieuse aux lesbiennes noires, souvent invisibilisées dans les récits cinématographiques. Pariah aborde avec justesse les thèmes du coming out, du poids des normes de genre, de la solitude intérieure, du rejet maternel, mais aussi de la sororité, de la poésie comme refuge, et de la quête de liberté. Ce récit résonne particulièrement avec la réalité de nombreuses jeunes lesbiennes africaines, notamment en RDC, où l’homosexualité féminine reste un tabou majeur, souvent réduite à un fantasme ou assimilée à une perversion ou à de la sorcellerie. Comme Alike, beaucoup vivent dans l’ombre, déchirées entre ce qu’elles ressentent et ce que la société leur impose. Pariah devient alors bien plus qu’un film : un miroir, un espoir, un souffle de vérité pour celles qui n’osent pas encore exister et pour celles qui existent à pas se sentir seules.

⚠️ Spoiler Alert

La première image qui s’ouvre sur l’écran est celle d’une boîte de nuit. Des couleurs néons, du R&B sensuel, des jeunes femmes noires qui dansent entre elles. Dans ce club lesbien de Brooklyn, une adolescente noire, timide mais attentive, observe. C’est Alike (prononcé « ah-lee-kay »), 17 ans. Elle porte une casquette, des vêtements larges et sombres. Elle se tient droite, un peu raide, comme si elle ne savait pas encore comment habiter son propre corps. Elle regarde une fille qui l’attire. Un échange de regards. Mais avant qu’on sache si elle va s’approcher, la lumière change et la scène s’efface.

Alike rentre chez elle. Elle enlève ses habits masculins dans un bus, puis remet des boucles d’oreilles discrètes, un t-shirt plus féminin, elle rentre sur la pointe des pieds. Chez elle, elle doit jouer un autre rôle : celui d’une adolescente respectable, douce, obéissante. Sa mère, Audrey, est une fervente chrétienne, stricte, dure. Son père, Arthur, est policier, distant mais moins intrusif. Alike vit donc dans un monde scindé, un monde où elle est “deux” : elle est elle-même dehors, mais un masque à la maison…

Sa meilleure amie, Laura, est une jeune lesbienne assumée, un peu brute, très protectrice. Laura veut qu’Alike s’affirme, qu’elle sorte avec elle, qu’elle se « déclare ». Mais Alike n’en est pas encore là. Elle reste sur le fil : elle écrit des poèmes, elle rêve, elle regarde en silence. Elle se cherche… Sa mère, de plus en plus méfiante, commence à interdire qu’elle fréquente Laura. Elle sent que quelque chose « ne tourne pas rond ». Elle impose une nouvelle amie : Bina, fille d’une collègue d’église. Bina est belle, douce, curieuse, libre… Contre toute attente, Alike se sent rapidement attirée par elle.

Une nuit, après une soirée où elles écoutent de la musique, rient, dansent un peu… Bina et Alike sont seules. L’ambiance est tendre. Puis, sans trop comprendre comment, elles s’embrassent. Ce baiser marque un basculement intérieur. C’est doux, hésitant, mais puissant. Elles font l’amour. Pour Alike, c’est sa première fois.Elle croit qu’elle a enfin trouvé un début de paix. Un moment de lumière dans un monde qui l’opprime…

Mais le lendemain, Bina lui dit que « ce n’était rien », que « c’était juste une expérience ». Elle dit qu’elle n’est pas « comme ça ». Le cœur d’Alike se brise. Elle a donné, elle s’est ouverte, elle a espéré… Et voilà que, comme beaucoup de filles lesbiennes ou bisexuelles, elle découvre que parfois l’autre n’assume pas. Elle retourne à sa solitude, encore plus douloureuse qu’avant.

La mère d’Alike, Audrey, observe sa fille avec suspicion. Elle a remarqué les vêtements amples, les silences de plus en plus lourds, les sourires secrets. Un jour, elle fouille dans la chambre d’Alike, trouve ses poèmes intimes et puissants, trop révélateurs. Des mots d’amour destinés à une autre fille. Pour Audrey, c’est la confirmation de ses pires soupçons. Elle explose.

La confrontation est brutale. Audrey se met à hurler, la voix tremblante de rage et d’incompréhension. Elle traite sa fille de honte, de déshonneur. Les mots sont des coups : « Tu es une abomination ! », « Tu veux salir cette maison ? », « Tu veux détruire cette famille ? »

Mais ça ne s’arrête pas là.

Elle la frappe. Violemment. Elle la tire par le bras, la gifle. Alike tente de se débattre, de reculer, de crier. Mais sa voix se brise. Elle est tétanisée. Audrey la bouscule contre un mur, la pousse, la gifle encore. La scène est filmée sans musique, sans ralentis…Juste la vérité nue, suffocante. C’est une agression. Une tentative de corriger par la violence ce que la mère considère comme une « déviation ».

Alike ne se laisse pas faire. Pour la première fois, elle crie : « JE SUIS MOI ! JE SUIS COMME ÇA ! » Elle se bat, elle pleure, elle hurle, mais elle ne recule plus. C’est un moment de rupture, mais aussi d’affirmation. Dans cette tempête de larmes, de coups et de cris, elle trouve, douloureusement, sa voix.

Son père entre. Il tente de calmer, mais reste en retrait. Il regarde. Il détourne les yeux. Il ne la défend pas.

Et dans cet abandon total, Alike comprend qu’elle n’a plus de place ici. Son corps est blessé, mais c’est surtout son âme qui saigne.

Alors elle fait sa valise. Elle part. Avec le peu d’amour qu’elle a reçu, avec la colère, avec la peur, mais aussi avec une lumière fragile au fond des yeux : celle de sa vérité.

Elle va vivre chez Laura.

Avec le peu de soutien qu’elle peut recevoir, Alike prend une décision radicale : elle va partir étudier dans un autre État. Loin. Elle obtient une bourse. Elle veut écrire, vivre, respirer. Dans une dernière scène poignante, elle parle au téléphone avec sa mère, qui refuse de lui dire au revoir. Puis elle lit un poème, d’une voix tremblante mais fière :« Je suis qui je suis, je suis en train de grandir… je suis en train de m’envoler. »

Le film se termine sur le visage d’Alike, dans un bus, seule, vers une autre ville, une autre vie. Elle est en fuite, oui, mais aussi en train de naître. On ressent un mélange de tristesse et d’espoir. Elle n’a plus de maison, mais elle a trouvé un début de vérité.

🎬 Analyse du film Pariah (Dee Rees, 2011)

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En regardant Pariah, il est impossible de ne pas sentir un frisson dans le dos, surtout lorsqu’on est une fille noire, africaine, lesbienne… et rejetée. Le film ne se contente pas de raconter une histoire , il met à nu une réalité que beaucoup d’entre nous vivent dans la chair et dans le silence.Quand Alike est battue, insultée, chassée de chez elle, ce n’est pas juste une scène de cinéma. C’est la vie de tant de jeunes filles chez nous. En RDC, dans nos maisons, nos quartiers, nos églises. Ce rejet, ce regard d’horreur cette violence de la mère , ce silence du père ,des frères et sœurs, ce vide qui s’installe dans le cœur nous connaissons ça. Trop bien.

Ce film nous dit quelque chose d’essentiel : ce n’est pas l’amour qui détruit les familles, c’est le rejet. Ce n’est pas l’homosexualité qui fait honte, c’est l’intolérance. Ce n’est pas la fille qui aime une autre fille qui est un problème mais c’est l’incapacité de la société à accepter la diversité des existences.

Pourquoi regarder Pariah?

Le film Pariah (2011), réalisé par Dee Rees, est un chef-d’œuvre bouleversant qui parle d’amour, d’identité, de rejet et de courage. Il ne se déroule pas en Afrique, mais à Brooklyn, aux États-Unis. Pourtant, ce que vit Alike, une jeune fille noire qui découvre et assume peu à peu son homosexualité, est étrangement familier pour beaucoup de lesbiennes africaines en général et congolaises en particulier : la peur de se trahir, le rejet de la famille, la honte imposée, la violence, le silence, l’incompréhension.

Pourquoi voir ce film ? Parce qu’il ouvre les yeux. Parce qu’il casse les clichés. Parce qu’il montre qu’on ne « devient » pas homosexuelle par influence ou rébellion. C’est une réalité intime, profonde, humaine. Pariah nous fait entrer dans le cœur et l’âme d’une adolescente qui ne fait de mal à personne, mais que le monde accuse d’exister. Ce film permet de comprendre, d’écouter, de ressentir ce que vivent les filles qui aiment d’autres filles. Il éduque sans juger. Il sensibilise sans choquer. Il interpelle sans crier.

Pourquoi les lesbiennes congolaises doivent voir ce film ? Parce qu’il donne du courage. Parce qu’il dit tout haut ce qu’on vit tout bas. Parce qu’il nous rappelle qu’on n’est pas seules, même quand on est rejetées par notre propre mère. Parce qu’il montre qu’on peut exister, s’affirmer, s’aimer même dans la douleur. Pariah est une lumière dans l’ombre, un miroir tendre et dur à la fois. Il aide à mettre des mots sur ce qu’on ressent, à se relever quand on tombe, à croire qu’une autre vie est possible.

Dans un pays comme la RDC, où le lesbianisme est encore trop souvent nié, effacé, condamné ou moqué, Pariah est un outil de sensibilisation essentiel. C’est un film qui dit : “Regardez-nous. Écoutez-nous. Comprenez-nous.” Et c’est un film qui dit aussi à chaque fille, chaque femme, chaque lesbienne : “Tu n’es pas un monstre. Tu as le droit d’exister, d’aimer, de rêver.”

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