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Témoignage lesbien 3

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Je suis née comme ça. Depuis mes plus jeunes années, j’ai toujours été différente de ce que l’on attend habituellement d’une fille. On disait que j’avais des comportements de « garçon », comme si aimer certaines choses, porter certains vêtements ou avoir une certaine énergie appartenait à un seul genre. Moi, je ne faisais pas attention à ces étiquettes. J’aimais les habits amples, je préférais courir dehors, plutôt que de rester à la maison avec les poupées , et je passais plus de temps à taper dans un ballon qu’à m’intéresser au maquillage ou aux robes. Je me sentais naturellement plus à l’aise avec les garçons, pas parce que je voulais être un garçon, mais parce que c’était avec eux que je me sentais libre d’être moi-même. C’était spontané, instinctif, sans filtre. Je ne jouais aucun rôle. Et pourtant, très tôt, j’ai compris que mon entourage ne voyait pas cela d’un bon œil. Les remarques, les moqueries, les injonctions à « me comporter comme une fille » ont commencé à pleuvoir. Mais moi, je ne savais pas faire autrement. Ce n’était pas une rébellion, ce n’était pas une phase c’était juste moi, tout simplement. Je n’avais pas encore de mots pour ça, mais je savais au fond de moi que j’étais différente, et que ce “différent” faisait partie intégrante de mon être. Je suis née ainsi.

Ma toute première expérience, celle qui a bouleversé ma vision de moi-même, s’est passée quand j’avais 17 ans. J’étais en 4ᵉ des humanités, à Bukavu. À cette époque, j’avais une meilleure amie très proche de moi. On passait presque tout notre temps ensemble à l’école, après les cours, les week-ends… Elle connaissait tout de moi, et moi tout d’elle, du moins c’est ce que je croyais. Un jour, elle a commencé à me faire des avances. C’était subtil au début, des gestes tendres, des regards qui s’attardaient un peu plus longtemps, des paroles qui semblaient chargées d’un autre sens.

Sur le moment, j’ai trouvé ça étrange. Bizarre même. J’étais troublée, confuse. Je ne comprenais pas vraiment ce que je ressentais. Ce n’était ni un rejet, ni un oui clair. C’était nouveau. Inconnu. Inattendu. Elle n’a pas insisté, elle m’a laissée le temps, elle m’a simplement montré qu’elle m’aimait bien, qu’elle me regardait autrement. Petit à petit, sans pression, j’ai commencé à voir les choses différemment. À ressentir des choses que je n’avais jamais ressenties auparavant. C’était doux, sincère, et étrangement rassurant. Nous avons fini par être ensemble, en secret.Deux adolescentes qui découvrent un monde dont elles ne peuvent parler à personne.

C’est à ce moment-là que j’ai compris, sans forcément trouver les mots, que j’étais attirée par les femmes. C’était une révélation calme, intérieure. Ce n’était pas quelque chose que j’avais choisi, c’était quelque chose que j’avais reconnu, enfin. Ce moment-là, malgré la peur et le silence qui l’entouraient, m’a ouvert les yeux sur une part essentielle de moi. Ce n’était pas juste une amitié poussée trop loin c’était de l’amour, ou du moins un début d’amour, et ça m’a changée pour toujours.

Quand ma famille a découvert ma relation avec cette fille, tout est devenu compliqué. C’était comme si un rideau s’était déchiré entre moi et eux. D’un coup, les regards ont changé, la colère et la deception ont pris le trône et ma mère… ma mère s’est transformée. Elle qui m’avait toujours protégée, soutenue, elle me lançait maintenant des paroles qui me déchiraient de l’intérieur :« Tu n’es pas ma fille »,« Je n’ai pas mis au monde une lesbienne »,« Tu veux salir notre nom, notre foi, notre famille. »

Je n’oublierai jamais la colère dans ses yeux. Ce n’était pas juste de la déception : c’était une cassure, une blessure qu’elle rejetait sur moi comme si j’en étais coupable.

Très vite, on a commencé à m’emmener dans des églises. Des pasteurs imposaient les mains sur ma tête, parlaient de délivrance. Il y avait des veillées de prière spéciales, juste pour moi. On m’appelait devant tout le monde, on me faisait asseoir au milieu du cercle pour qu’on prie sur « l’esprit d’homosexualité », qu’on chasse « les démons ». J’étais là, les yeux fermés, le cœur battant trop fort, espérant juste que tout cela s’arrête.

Au fond, je ne ressentais ni honte ni culpabilité. J’avais aimé quelqu’un. J’avais été aimée en retour. Et pour moi, c’était ça le plus important. Mais dans leurs yeux, c’était un péché, une maladie, une malédiction. Alors ils priaient pour me guérir. Ils criaient, ils pleuraient, ils s’acharnaient. Mais rien ne changeait. Rien, parce qu’il n’y avait rien à guérir.

Je suis ce que je suis. Ce n’est pas une rébellion, ce n’est pas une mode, encore moins une possession. C’est simplement moi. Mon cœur aime autrement, et je ne fais de mal à personne. Alors non, les cris, les huiles, les prophéties, les menaces de damnation ne m’ont pas transformée. Elles m’ont blessée, oui. Mais au fond de moi, une certitude restait : Je suis telle que je suis .c’est ma vie. Et elle m’appartient. les prières n avaient réussi qu’à me séparer de sa première copine parce qu’ après , je me suis trouvé une nouvelle copine

À Bukavu, pendant mon adolescence, j’ai eu deux relations. Ce n’étaient pas encore des histoires très longues, ni très stables, mais elles comptaient beaucoup pour moi à l’époque. C’était la découverte, les premiers frissons, les premiers secrets partagés sous le silence des nuits et la peur d’être surprises. On ne savait pas vraiment ce qu’on faisait, mais on savait que c’était vrai, que ce n’était pas juste de l’amitié. On se cherchait, on s’explorait, dans un monde qui nous interdisait d’exister comme on était.

Puis ma famille a déménagé à Kinshasa. J’étais un peu déboussolée au début, tout était plus bruyant, plus dur, plus anonyme. Mais c’est là que tout a changé. En 2017, j’ai rencontré une fille, différente de toutes celles que j’avais connues. Elle dégageait quelque chose de rare. On a d’abord été amies. Puis très vite, c’est devenu plus. On n’a pas eu besoin de se dire grand-chose, nos regards faisaient tout le travail.

On a été ensemble pendant presque sept ans. Sept années intenses, belles, pleines de complicité et de batailles partagées. C’était ma plus belle histoire d’amour. La plus profonde. Celle qui m’a révélée à moi-même. On avait nos codes, nos habitudes, nos moments rien qu’à nous. C’était doux et fort à la fois. On s’aimait vraiment, sans calcul. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas si je pourrai aimer quelqu’un d’autre comme je l’aimais elle. Ce genre d’amour-là, on ne le vit pas deux fois.

Autour de nous, c’était souvent l’enfer. Les critiques pleuvaient, les insultes dans la rue, les regards lourds de jugement. Il nous est arrivé de nous faire suivre, menacer même, juste parce qu’on marchait main dans la main ou qu’on riait trop fort en public. Mais on s’en foutait. On avait décidé que notre amour comptait plus que le regard des autres. On vivait comme on pouvait, mais on vivait libres ensemble. Et ça, c’était notre victoire.

Mais voilà… la vie n’est pas toujours tendre avec nous. Un jour, tout s’est effondré. Sa famille a décidé pour elle. Ils l’ont forcée à se marier avec un homme qu’elle ne connaissait même pas vraiment. Pour eux, c’était la seule issue acceptable, comme son père était décédé, elle devait bien se marier pour aider financièrement sa maman à subvenir aux besoins de ses jeunes frères et sœurs . Une fille « bien » devait se marier, avoir des enfants, rentrer dans le moule. Elle a résisté, longtemps. Mais à la fin, elle n’a pas eu le choix. Elle s’ est sacrifiée dans une vie qu’elle n’avait pas choisie.

Je me souviens du jour où elle m’a dit au revoir. C’était comme si mon cœur avait été arraché. J’avais mal partout, mais je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais même pas hurler ma douleur, parce que notre amour n’avait jamais eu droit d’exister aux yeux du monde. J’ai dû pleurer en silence. Faire comme si de rien n’était.

Ce mariage n’a pas tué mes sentiments. Il a juste brisé notre rêve. Et ce qui me fait encore plus mal, c’est que tout ça est arrivé au nom de la religion, de la tradition, des soi-disant prières pour « nous ramener à la raison ». Ces prières-là n’ont jamais guéri personne. Elles n’ont réussi qu’à détruire un amour pur et sincère.

Mais malgré tout… je ne regrette rien. Aimer cette fille a été l’une des plus belles choses de ma vie. Et même si la fin fut douloureuse, je garde nos souvenirs comme des trésors. Parce qu’à travers elle, j’ai compris qu’aimer une femme était non seulement possible, mais naturel, vrai, et lumineux.

Aujourd’hui encore, je vis avec cette peur sourde et tenace du rejet familial. Une peur qui ne me quitte jamais vraiment, même dans les instants de calme. Mes parents savent. Ils ne le disent pas ouvertement, mais je sens dans leurs regards, dans leurs silences, qu’ils n’ont rien oublié. Ce n’est plus un secret pour eux. Pourtant, on vit comme si de rien n’était, dans une sorte de mensonge mutuel, une trêve silencieuse qui m’oblige à jouer un rôle. Je souris quand il faut sourire. Je baisse la tête quand les conversations dérivent vers les « bonnes mœurs », le mariage, les enfants. Je fais semblant.

Je leur dis que les prières ont « fonctionné ». Que je suis redevenue « normale », comme ils disent. Que les démons sont partis. Je leur mens, pour ne pas perdre le peu de lien qui nous reste. Parce que je sais que si je fais mon coming out clairement, sans détour, leur rejet serait total. Définitif. Je risquerais d’être mise à la porte. Coupée d’eux. Livrée à moi-même dans une société qui, elle aussi, me veut dans l’ombre.

Et la vérité, c’est que je ne suis pas encore prête. Je ne suis pas encore libre. Pas encore indépendante financièrement. Je n’ai pas encore les moyens de tout perdre et de me reconstruire seule. Je suis encore dans cette phase où je dois choisir mes batailles, où la survie passe avant la vérité. C’est dur à vivre, d’avoir à cacher ce qu’on est chaque jour, de devoir peser chaque mot, chaque geste, pour ne pas « décevoir », pour ne pas « provoquer ». C’est comme étouffer doucement, mais avec le sourire aux lèvres.

Alors je fais profil bas. J’avance à petits pas. Je me prépare. Je travaille, j’économise, je construis mon indépendance en silence. Parce que je sais que le jour viendra. Le jour où je pourrai enfin vivre sans me cacher, sans mentir, sans avoir à courber l’échine. Le jour où je pourrai dire : « C’est moi. Voilà qui je suis. Aimez-moi ou laissez-moi, mais je ne me cacherai plus. »

Ce jour-là, je l’attends. Pas dans la peur, mais avec force. Parce que je mérite aussi d’exister pleinement. D’aimer sans honte. D’être libre.

Sincèrement, je pense qu’il est impossible de vivre un amour lesbien épanoui ici en RDC. Pas parce qu’on ne sait pas aimer, pas parce que notre amour est moins sincère ou moins fort. Non. Mais parce que tout, autour de nous, est construit pour étouffer cet amour. Notre société ne nous accepte pas. Elle nous nie, elle nous déforme, elle nous rejette. On est vues comme des anomalies, comme des erreurs de la nature, ou pire : comme des pécheresses, possédées par des esprits démoniaques. On nous accuse d’être des femmes perdues, corrompues, influencées par l’Occident, comme si aimer une autre femme était une maladie importée.

Même quand on essaye d’aimer en cachette, même quand on se cache dans des coins sombres, même quand on fait semblant en public… ce n’est jamais vraiment libre. L’amour, ici, devient un exercice de discrétion, de stratégie, de prudence. On vit constamment dans la peur : peur d’être vues, peur d’être dénoncées, peur d’être humiliées, violentées ou jetées dehors. On apprend à se taire, à minimiser nos gestes d’affection, à supprimer les preuves de notre bonheur. Et c’est terriblement douloureux de devoir cacher quelque chose d’aussi beau que l’amour.

Il n’y a pas d’espaces vraiment sûrs pour nous ici à Kinshasa. Aucun lieu officiel où on peut se retrouver sans se sentir menacées ou jugées. Alors on survit dans des cercles restreints, discrets.On se retrouve chez des amis qui louent des maisons , là je suis à l’ aise. Parfois, on a la chance de connaître quelqu’un de la communauté qui possède un lounge, un bar ou une terrasse. Là, on respire un peu. Là, on peut rire, s’asseoir côte à côte, se regarder sans peur d’être agressées ou dénoncées. Là, on sait qu’on ne sera pas jugées, parce que la personne en face vit la même chose que nous.

Mais ce sont des bulles fragiles. Des parenthèses dans une vie sous tension. Parce qu’en dehors de ces espaces, dès qu’on sort dans la rue, on redevient des cibles. Des femmes à corriger. Des êtres à « ramener sur le droit chemin ». Et pourtant, on ne fait de mal à personne. On veut juste aimer. Être aimées en retour. Avoir le droit d’exister comme on est. Et dans ce pays, ce simple désir est déjà un acte de courage.

Une lueur au fond du tunnel

Ce que je veux dire aux autres filles comme moi, aux lesbiennes congolaises qui vivent dans le silence, dans la peur, dans le doute : ne perdez pas espoir. Même quand tout semble vous dire le contraire. Même quand les regards vous écrasent, quand les mots blessent, quand les proches trahissent, ne laissez pas votre lumière s’éteindre. Oui, c’est difficile. Oui, c’est dangereux parfois. Mais votre vie a de la valeur. Votre existence est légitime. Votre amour est aussi pur, aussi digne, aussi réel que n’importe quel autre amour sur cette terre.

Je sais ce que c’est que de se sentir seule. D’avoir l’impression d’être une étrangère dans sa propre famille, dans sa propre ville, dans son propre corps. Je sais ce que c’est que de se cacher, de mentir pour survivre, de porter un masque pour rester en sécurité. Mais à toutes celles qui traversent cela : sachez que vous n’êtes pas seules. Nous sommes nombreuses, dispersées, souvent invisibles, mais nous existons. Et rien que ça, c’est déjà une forme de résistance.

N’ayez pas honte. Ce n’est pas vous qui portez le poids de la honte. C’est cette société qui refuse de voir votre humanité, qui s’accroche à des croyances qui blessent et détruisent. Préservez-vous. Protégez-vous. Mais ne vous éteignez jamais. Ne laissez jamais personne vous convaincre que vous êtes moins que ce que vous êtes. Apprenez à vous aimer, à vous entourer de personnes qui vous respectent, à construire des petits refuges où votre cœur peut respirer.

Gardez confiance qu’un jour, ce pays changera. Que nos voix finiront par briser le silence. Que nos vies ne seront plus des secrets honteux mais des histoires à raconter avec fierté. Et en attendant ce jour, vivons. Même dans les marges. Même dans l’ombre. Vivons avec dignité. Vivons avec fierté, même si c’est discret. Chaque sourire partagé en cachette, chaque amour protégé, chaque rêve qu’on n’abandonne pas… c’est une victoire.

Et moi, je suis là. Comme vous. Avec vous. Pour vous. On se tient, même à distance. Parce qu’on est des femmes entières. Fortes. Vivantes. Et personne ne pourra jamais nous enlever ça.

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3 commentaires

  1. L’homosexualité n’est pas une bonne chose ma Soeur.
    Tu dois arrêter avec cette histoire s’il te plaît .
    Nous sommes africains et Bantu ,notre culture condamne fermement ce genre de pratique purement satanique .
    Je vous prie d’abandonner cette vie et suivre le chemin de Dieu ma chère.

  2. Mama yakhe na mama kindoki… vous avez même la force de montrer vos visages. Savez-vous ce qu’elles font aux femmes simplement en portant des mini-jupes ici en RDC ? Et vous pensez que vous serez acceptées avec ça ?mwafwako kuya uta juwa

  3. Personne ne va accepter que nos valeurs culturelles et morales puissent être foulées au sol. Toi la defenseure des lesbiennes tu seras la première à être décapitée.

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