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Témoignage lesbien 4

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Je crois que j’ai toujours su. Pas parce que quelqu’un me l’a dit, pas parce que j’ai vu ça quelque part. C’était juste là. En moi. Je n’ai jamais été une « fille comme les autres ». Je portais des pantalons larges, je détestais les robes, je marchais comme les garçons, je parlais comme eux. On disait que j’étais un garçon manqué, mais moi je savais que je n’étais pas « manquée ». J’étais entière. Différente, oui. Mais pas ratée.

Le foot, c’était ma passion. C’était mon refuge. Sur le terrain, j’étais quelqu’un. J’existais sans avoir à me justifier. Mais c’est loin du terrain que j’ai ressenti ce premier vertige. Je devais avoir 13 ans. Elle s’appelait Grâce. Elle n’était pas comme moi. Elle était douce, très féminine, toujours bien habillée, toujours bien coiffée. Elle ne traînait pas avec les garçons, elle n’aimait pas la boue, elle ne comprenait rien au foot.

Mais son regard… il m’a transpercée. Je me souviens d’un après-midi à l’école, elle riait avec ses amies sous un arbre, et quand elle m’a vue passer, elle m’a souri. Ce sourire m’a retournée. Je me suis sentie… fragile. Désarmée. Comme si mon cœur s’était arrêté pendant quelques secondes. C’est ce jour-là que j’ai compris. J’étais attirée par elle. Par une fille. Et ça n’avait rien d’anormal pour moi. C’était beau. C’était pur. C’était réel.

Puis il y a eu une autre fille. Sandrine. Elle était un peu comme moi. Un peu garçon manqué.Sandrine est arrivée dans ma vie à un moment où je pensais que personne ne pourrait jamais m’aimer comme je suis. C’était une fille qui ne parlait pas beaucoup, mais qui comprenait vite. Elle avait ce regard franc, dur parfois, comme si elle avait déjà tout vécu. Comme moi, elle portait des jeans larges, elle ne supportait pas les robes, elle marchait la tête haute, sans jamais baisser les yeux devant les insultes. On s’est trouvées dans une équipe de foot amateur du quartier. C’était plus qu’un sport pour nous, c’était un refuge. Le seul endroit où je pouvais respirer.

Entre nous, tout s’est fait sans un mot. On se comprenait dans nos silences. On se frôlait dans les vestiaires, on traînait ensemble après les matchs, on rentrait tard exprès pour passer du temps à deux. La première fois qu’elle m’a pris la main, on était assises … Elle n’a rien dit. Moi non plus. Et pourtant, tout était dit.

Avec elle, j’ai découvert ce que c’était d’être vue. Pas jugée, pas corrigée, juste regardée comme une personne qu’on aime. On s’est embrassées pour la première fois un soir d’orage, à l’arrière du terrain. On avait peur de la pluie, mais encore plus de ceux qui nous auraient vues. Alors on se cachait. Toujours. On faisait attention à tout : qui regarde, qui suit, qui écoute. C’était une relation faite de retenue, mais pleine de tendresse. On dormait parfois ensemble quand elle mentait à sa mère. Rien de très charnel. On avait encore peur. On se collait, on se touchait le visage, on se découvrait doucement. Puis un jour, elle a déménagé. Et elle est partie sans un au revoir. Peut-être qu’elle avait eu trop peur. Ou peut-être que moi, je l’aimais trop.

Après elle, j’ai voulu fermer mon cœur. Mais Nina l’a rouvert à coups de sourires et de provocations. Elle n’était pas comme Sandrine. Nina, elle était feu. Elle parlait fort, elle riait fort, elle m’embrassait dans des coins trop risqués. Elle ne voulait pas se cacher. Elle disait :
« Si on doit mourir pour aimer, alors qu’on me tue. Mais j’aimerai quand même. « 

Avec Nina, j’ai connu des nuits pleines. On ne faisait pas que parler. On apprenait nos corps, nos peurs, nos cicatrices. Elle m’a touchée comme personne ne l’avait fait avant. Doucement d’abord. Puis sans honte. On s’embrassait longtemps. Elle me caressait sous ma chemise. On faisait l’amour à voix basse, avec les rideaux fermés et le cœur grand ouvert. On allait dans un petit studio qu’un ami nous prêtait. C’était notre monde à nous. Là-bas, j’étais libre. Vivante.

Mais c’est là aussi qu’on nous a vues.

Un jour, on n’a pas fermé la porte à clé. On croyait que personne ne viendrait. Une voisine est entrée sans frapper, croyant trouver l’ami en question. Elle nous a vues, nues, serrées l’une contre l’autre. Elle est ressortie en courant. Deux jours plus tard, ma famille était au courant. Une photo avait circulé. Mon cousin l’avait reçue sur WhatsApp. Il ne m’a rien dit. Il a juste tout transmis. Comme un poison.

Quand la fameuse photo a commencé à tourner dans la famille, j’ai compris que je n’avais plus le luxe de me cacher. C’était moi, c’était Nina, c’était réel. Je savais que tôt ou tard, quelqu’un viendrait me confronter. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi violent. Aussi humiliant.

Ma mère n’a pas cherché à me parler. Elle n’a pas voulu de discussion. Elle a préféré les cris. Elle voulait laver sa honte en m’exposant. Elle m’a attaquée en plein jour, en pleine rue, devant des voisins, des passants, des gens que je ne connaissais même pas. Elle hurlait que j’étais possédée, que j’avais des démons, que Dieu l’avait punie en m’envoyant comme fille. Les gens se sont rassemblés. Une foule. Des têtes curieuses. Des jugements dans les yeux. Et au milieu de tout ça, moi, humiliée, battue, insultée par la femme qui m’a mise au monde.

Elle m’a frappée au visage. M’a tiré par le col. Elle répétait sans cesse :
 » Tu es ma malédiction. Tu es ma honte. « 
Et moi, je n’ai pas baissé les yeux. J’étais en feu à l’intérieur. Je me suis levée contre elle. Je lui ai répondu. Je ne pouvais pas me taire. Je ne voulais plus.

Alors, dans un geste que je n’oublierai jamais, elle a jeté son pagne au sol. Ce pagne-là… c’était comme son âme qu’elle déchirait. Et elle a crié, les yeux pleins de rage :
 » Tu n’es plus ma fille ! Tu es morte pour moi ! « 

Je n’ai pas pleuré. Mon cœur, oui. Mais mes yeux sont restés secs. Elle m’a ordonné de prendre mes affaires et de quitter la maison. Ce soir-là, je n’avais nulle part où aller. Alors j’ai dormi chez une amie, une fille de mon équipe de foot, qui m’a ouvert sa porte. Pas besoin de grandes phrases entre nous. Elle m’a juste dit :
« Entre.« 

Le lendemain, comme d’habitude dans les familles congolaises, les oncles, les tantes, les cousines ont voulu s’en mêler. Ils ont organisé une « réconciliation ». Une façon de faire taire les scandales. Ils voulaient que je rentre à la maison, mais aux conditions de ma mère. Et ses conditions, c’était : »Changer de vêtements. » ; »Mettre une perruque. »; « Aller à l’église pour être « délivrée ». » ; « Renier Nina. Renier qui je suis. »

J’ai regardé chacun d’eux dans les yeux. Et j’ai dit non. Non, je ne vais pas rentrer pour devenir quelqu’un d’autre. Non, je ne vais pas mettre une robe et faire semblant. Non, je ne vais pas me détester pour vous plaire.

Alors, devant eux tous, devant ceux qui portaient mon sang, ma mère a pris mes vêtements, mes chaussures, et elle les a jetés dehors comme on jette une ordure. Personne n’a bronché. Personne ne s’est opposé.

C’est comme ça que je suis devenue une fille sans famille.

Les premières semaines ont été dures. J’ai dormi sur un matelas par terre, chez mon amie footballeuse. On partageait le peu qu’elle avait. Puis, un mois plus tard, j’ai quitté le quartier. J’ai trouvé un petit endroit à Kinshasa, où on est cinq filles à vivre ensemble. Cinq lesbiennes. Cinq footballeuses. Cinq corps rejetés par leurs familles.

Ça fait trois ans maintenant. Trois ans que je me bats pour rester debout. Pour ne pas devenir ce qu’ils disent que je suis. Trois ans que je choisis de vivre malgré le regard des autres, malgré les insultes, malgré le vide laissé par ma propre mère.

Et parfois, quand je pense à elle, je ne ressens même plus de colère. Seulement un grand trou. Un vide froid. Le genre de vide qui ne se comble jamais.

Oui, je ressens de la peur. Pas tous les jours, mais assez souvent pour que ce soit devenu un réflexe, un mode de survie. J’ai appris à regarder derrière moi, à écouter les pas dans la rue, à éviter certains coins, certaines heures, certains regards.

Parfois, il suffit d’un mot lancé par un homme dans un bar :
« C’est une femme, ça ? » Ou alors, « Toi, t’as juste besoin d’un vrai gars pour redevenir normale.« 
Ce sont des phrases qui paraissent banales ici. Mais moi, je sais ce qu’il y a derrière. Ce n’est pas juste de la moquerie. C’est une menace.

J’ai déjà été suivie en sortant du stade. Trois gars que je ne connaissais pas. Ils riaient entre eux, ils me traitaient de « mec raté ». J’ai accéléré. J’ai tourné dans les petites ruelles pour les semer. J’ai mis mes écouteurs, mais sans la musique. Juste pour avoir l’air détendue, tout en écoutant chacun de leurs pas. Quand je suis arrivée à la maison ce jour-là, j’ai verrouillé trois fois la porte.

Une autre fois, dans un taxi collectif, un vieux monsieur s’est mis à prier pour moi à voix haute. Il disait :
« Seigneur, délivre cette fille du malin. Rends-lui sa féminité. Ramène-la dans ton chemin.« 
Tout le monde a ri. Sauf moi.

Alors oui, j’ai développé mes stratégies. Je me tiens à l’écart. Je ne traîne pas seule le soir. Je marche avec d’autres filles. Je ne parle jamais de moi au travail. Mon vrai nom, mon vrai moi, je le garde pour la maison. Je me divise en deux pour rester en vie. Je joue un rôle, parfois. Pas par lâcheté, mais par instinct.

Je porte encore mes vêtements larges, mes baskets, ma casquette. Je ne vais pas jouer le jeu de la perruque ou de la robe pour rassurer les gens. Mais je choisis mes trajets. Mes silences. Mes réponses. Parce qu’ici, être visible, c’est risquer de disparaître.

Il n’y a pas beaucoup d’espaces où je me sens vraiment en sécurité. Mais il y en a un : ma maison. Ce petit logis qu’on partage à cinq, entre filles rejetées, filles battues, filles résistantes. On a fait de cet endroit un refuge. Pas grand, pas luxueux, mais un lieu où on peut respirer sans jouer un rôle.

Quand je rentre là-bas, je sais que je peux marcher torse nu, faire des blagues, pleurer si je veux, parler de Nina, ou de Sandrine, ou de personne. Là-bas, je suis moi. On se protège mutuellement. On fait les courses ensemble. On cuisine en rigolant. On parle de foot, de boulot, de cœur. Parfois on se chamaille, bien sûr. Mais on sait qu’on est tout ce qu’on a.

Ce qui m’aide à tenir, c’est la rage de ne pas me laisser détruire. C’est la conviction que je ne suis pas un accident. Que je mérite de vivre, de rire, d’aimer.

Parfois, dans la nuit, quand tout le monde dort, je me parle à voix basse. Je me dis :
« Tu n’es pas le problème. C’est leur regard qui est malade. Pas toi.« 

Et ça, ça me suffit pour survivre jusqu’au lendemain.

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5 commentaires

  1. 🤣🤣🤣🤣Vous êtes tous malades mentalement. Hein, pourquoi cachez-vous vos visages ?! Montre-nous qui vous êtes lol Le système judiciaire devrait mettre en place le couloir de la mort pour vous, bande d’idiots.

  2. La RDC a déjà besoin de beaucoup d’aide, manque d’eau, d’électricité et même de sécurité et la seule chose que vous trouvez normale pour venir vous lever contre le gouvernement est-ce ça ?! Madame Pardon

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